Alexandre Gonsse de Rougeville naît le 17 septembre 1761 à Arras d’un père roturier enrichi qui, rêvant de noblesse, a rajouté à son patronyme de Gonsse celui de Rougeville, du nom d’un des nombreux domaines qu’il possède. Le jeune Alexandre, lui, s’invente de brillants mais imaginaires états de service militaires pour se faire décerner la Croix de Saint Louis. Il se présente dorénavant sous le titre de chevalier de Rougeville avant de prendre plus tard celui de marquis de Rougeville.
Tableau représentant Alexandre de Rougeville, auteur inconnu (coll.part).
Malgré ses "arrangements" avec la réalité, Alexandre de Rougeville n’en est en pas moins un royaliste sincère et fervent qui prend très vite le parti de la Contre-Révolution. Si son appartenance à un groupe de conspirateurs royalistes, les « chevaliers du poignard », n’est pas certaine, il est prouvé qu’il s’est physiquement interposé pour protéger la famille royale lors de la journée du 20 juin 1792 qui voit l’émeute menacer Louis XVI, lequel doit se résoudre à coiffer le bonnet phrygien rouge, symbole de la Révolution, et de boire à la santé de celle-ci.
Estampe représentant la journée du 20 juin 1792 (Bibliothèque nationale de France).
En janvier 1793, au moment du procès du roi, il publie à ses frais un libelle intitulé "Réflexions morales et politiques sur le procès de Louis XVI" et qui vise à défendre le souverain, ce qui dans le contexte du moment est pour le moins courageux.
Le 2 juin 1793 il est arrêté, arrestation qui est une conséquence d'une vie sentimentale agitée. En effet, il est dénoncé comme royaliste par sa maîtresse qu’il a escroquée et trompée avec une autre. Mais, ayant produit un faux certificat qui le déclare "excellent patriote" et probablement aussi soudoyé ses gardiens, il réussit à se faire libérer rapidement. Survient alors la fameuse "affaire de l’œillet" qui le rend célèbre. En août 1793, il parvient, avec l’aide d’un complice, l’Inspecteur des prisons Jean-Baptiste Michonis, à rencontrer la reine Marie-Antoinette, enfermée à la Conciergerie, et à lui faire passer un message caché dans un œillet qu’il porte à la boutonnière. L’évasion est prévue pour la nuit du 2 au 3septembre 1793 mais elle échoue. Alors que son complice est arrêté et guillotiné, Alexandre de Rougeville, lui, parvient à s’échapper et gagne la Belgique.
Rentré à Paris après la Terreur, il semble s’assagir mais le gouvernement, persuadé qu’il continue à comploter, le fait étroitement surveiller. En 1804, il est assigné à résidence à Reims. Il loge d’abord rue de la Vieille Couture (l’actuelle rue de Talleyrand) puis achète un château aux environs de Reims. En 1806, il se marie et de ce mariage naissent deux garçons, Louis (décédé en 1827) et Charles François (décédé en 1845). En 1814, lorsque la France est envahie par les puissances européennes, Alexandre de Rougeville espère que la défaite de Napoléon entraînera le retour de la monarchie à laquelle il est toujours resté fidèle. Il renseigne les troupes russes du prince Volkonski qui s’emparent de Reims le 10 février 1814. Mais le 5 mars 1814 les Français reprennent la ville et, le 9, Alexandre de Rougeville est démasqué et arrêté. Le 10 mars, il est traduit devant un conseil de guerre qui le condamne à mort et il est exécuté le soir même. Son cadavre, dépouillé de ses vêtements par des pillards dans la nuit, est enterré le lendemain 11 mars, peut-être dans la fosse commune sans que l’on en soit totalement certain. Quelques heures plus tard, au petit matin du 12 mars, les soldats russes entrent à nouveau dans Reims avant que napoléon les en déloge le 13 lors de la "bataille de Reims" qui est sa dernière victoire, succès cependant sans lendemain puisque l'empereur doit abdiquer à Fontainebleau le 4 avril 1814. Tous ces évènements font que le décès d’Alexandre de Rougeville ne peut être enregistré que le 17 mars 1814, avec la mention "espion fusillé" dans la marge de l'acte.
Au début de 1845 Alexandre Dumas (père) prévoit de publier Le chevalier de Rougeville, un roman inspiré de l’histoire d’Alexandre de Rougeville. Mais ayant reçu une lettre du fils de ce dernier, Charles, qui s’inquiète de ce que l'écrivain va dire sur son père, Dumas choisit un nouveau titre, Le chevalier de Maison Rouge. Le roman paraît d’abord en feuilleton à partir de mai 1845, alors que Charles s’est suicidé peu avant suite à une déception amoureuse, puis sous forme de volumes en 1846. Alexandre Dumas et son collaborateur attitré, Auguste Maquet, l’adoptent pour le théâtre en 1847.
Alexandre Dumas photographié par Nadar (Bibliothèque Nationale de France).
Affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin, fin XIXe siècle ((Bibliothèque Nationale de France).

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