Le 8 juillet 1962 le général de Gaulle et le chancelier de la République fédérale d'Allemagne Konrad Adenauer viennent à Reims sceller la réconciliation franco-allemande. En septembre 1958, revenu au pouvoir comme dernier Président du Conseil de la IVe République et pas encore comme Président de la Ve République, ce qu’il ne sera qu’à la fin de l’année, le général de Gaulle avait invité le chancelier allemand à sa propriété de la Boisserie à Colombey-les-Deux-Eglises. Cependant même si l’évènement avait été largement médiatisé, il était d’ordre privé. Il en va tout autrement en 1962. Konrad Adenauer effectue alors un voyage officiel de sept jours qui a commencé à Paris puis s’est poursuivi à Rouen et Bordeaux et dont la visite finale à Reims constitue le moment le plus fort. Le choix de Reims par le général de Gaulle, très attaché à la symbolique des lieux, est assez évident : il s’agit de la ville-martyre de 14-18 mais aussi celle où a été reçue la capitulation allemande de 1945. Le dimanche 8 juillet 1962, à 8h30, de Gaulle, en uniforme de général de brigade, arrive par avion à la base aérienne 112. Il rejoint le chancelier Adenauer qui, lui, était arrivé de Bordeaux par avion le samedi soir. Les deux hommes se rendent d’abord au camp militaire de Mourmelon où, pour, la première fois défilent en alternance des troupes françaises et allemandes. Ce défilé rassemble 2 500 hommes et de nombreux blindés. Les deux hommes reviennent ensuite à la sous-préfecture de Reims où de Gaulle passe un costume civil avant de se rendre à la cathédrale. A 11 heures, de Gaulle et Adenauer arrivent sur le parvis de la cathédrale où l’archevêque de Reims, Monseigneur Marty, les accueille.
Au souhait de bienvenue de l’archevêque, le général répond par cette phrase inscrite par la suite en français et en allemand sur le parvis de la cathédrale : "Excellence, le Chancelier Adenauer et moi-même venons dans votre cathédrale sceller la réconciliation de la France et de l'Allemagne". Monseigneur Marty conduit alors les deux hommes D’État dans le chœur de la cathédrale. La messe est dite par Monseigneur Béjot, évêque auxiliaire de Reims qui, symboliquement, est assisté par Monseigneur Lallement, ancien prisonnier de guerre, et par le chanoine Hess, ancien résistant-déporté. Monseigneur Marty, lui, prononce l’homélie. A l’élévation le général et le chancelier s’agenouillent tous les deux mais, plus tard, seul Konrad Adenauer communie alors que Charles de Gaulle, catholique pratiquant mais chef d’un État laïque, s’en abstient comme il le fait toujours lors de cérémonies officielles. Après la messe, le général et le chancelier reviennent à la sous-préfecture avant de rejoindre l’Hôtel de Ville où ils sont reçus par le maire de Reims, Jean Taittinger. Après le déjeuner officiel, les deux hommes quittent l’hôtel de ville vers 14h45. Le général de Gaulle raccompagne d’abord le chancelier Adenauer à la base aérienne 112 pour son retour en RFA puis il part en voiture pour Colombey-les-Deux-Eglises. Contrairement à ce que beaucoup croient aujourd’hui l’évènement n’a pas paru, sur le moment, aussi important que cela. Il est d’ailleurs significatif qu'il ait été préparé comme une visite d’État ordinaire ni plus ni moins. A Reims, la cérémonie ne suscite ni excès d’hostilité ni excès d’enthousiasme. Du côté du parti communiste, très puissant à l’époque, et qui à Reims fait régulièrement plus de 30 % des voix, on dénonce bien "le chancelier de la revanche" que serait Adenauer mais sans guère de succès. D’un autre côté, la ferveur populaire des Rémois n’est pas non plus au rendez-vous. Certes, de nombreuses personnes sont présentes aux abords du parvis mais ce n’est pas du tout la foule des grands jours comme le notent les Renseignements généraux qui évoquent seulement un "accueil courtois, sans plus". Cela d’ailleurs n'a pas échappé aux membres de l'entourage de de Gaulle, comme Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information, qui fait remarquer au général qui a évoqué dans son discours une "foule enthousiaste" que dans la réalité les rues de Reims étaient bien vides. Mais la réponse du général au ministre, "j’ai toujours fait comme si mais cela finit toujours par arriver", montre que ce qui compte pour le chef de l’État c’est le symbole bien plus que l’évènement en lui-même. L’histoire confirmera ce que de Gaulle a pressenti car on a finalement beaucoup plus retenu la rencontre de Reims que le traité de Élysée de 1963, pourtant plus important par ses implications. C’est ce symbole qui a été réactivé 50 ans plus tard lorsque, le 8 juillet 2012, François Hollande reçoit à Reims la chancelière allemande Angela Merkel.


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