Portrait de Simon Linguet attribué à Marie-Thérèse Laperche, 1787 (Musées de Reims).
Relativement méconnu aujourd’hui, ce Rémois qui a eu une existence tumultueuse et à la fin tragique a pourtant bénéficié d’une grande renommée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Simon Linguet naît à Reims le 14 juillet 1736 d’un père greffier et fait de brillantes études d'abord au collège de Beauvais puis à Paris. Devenu secrétaire du duc de Deux-Ponts il accompagne ce dernier dans plusieurs pays d’Europe. De retour de ces voyages, il s’installe en 1764 comme avocat et défend des causes fameuses.
Simon Linguet par Augustin de Saint-Aubin, 1773 (Musées de Reims).
Cette estampe a été réalisée lors du procès retentissant intenté à Jean-François-Charles de Molette, comte de Morangiès,
pour des reconnaissances de dettes non honorées. Défendu par Simon
Linguet, le comte est finalement acquitté. Pour l'anecdote, des années
plus tard, le même personnage sera encore au cœur d'un autre scandale,
lié cette fois à son mariage avec une intrigante.
Cependant, en 1774, il est rayé définitivement du barreau pour avoir violemment attaqué un de ses confrères. Il se tourne alors vers le journalisme politique, dont il peut être considéré comme l’un des fondateurs, en créant Le journal de politique et de littérature. Linguet connaît un grand le succès car il emploie des formules brillantes qui font mouche et il se révèle un redoutable polémiste. Mais, rapidement, son journal est interdit et il doit partir en Angleterre puis en Hollande, tout en publiant un nouveau journal Les Annales politiques, civiles et littéraires. Il rentre en France en 1781 mais ses prises de position et ses attaques lui valent de passer deux ans à la Bastille, expérience qui l’amène à écrire ses célèbres « Mémoires sur la Bastille » qui remportent un très grand succès et ne sont pas pour rien dans l’image désastreuse de cette prison. Il s’exile à nouveau en Angleterre puis en Autriche, où l'empereur Joseph II l’anoblit avant de se brouiller avec lui.
Revenu en France au début de la Révolution il cherche à jouer un rôle politique et adhère à la Société des Amis des Droits de l’homme et du Citoyen qui siège dans l’ancien couvent des Cordeliers et qui exerce une grande influence sur le peuple parisien. Sous la Terreur, ne voulant pas cautionner la violence, il se retire de la vie publique. Cependant, soupçonné d'être favorable à la monarchie, Il est arrêté et emprisonné en septembre 1793. Jugé neuf mois plus tard, il est condamné à mort le 27 juin 1794 et guillotiné le jour même, pour "avoir encensé les despotes de Vienne et de Londres".
Esprit pénétrant, pourfendeur des modes de son époque, Simon Linguet, se bat sur tous les terrains ce qui lui vaut nombre d’inimitiés. Il s’en prend non seulement à l’aristocratie et au clergé mais aussi aux Philosophes et aux Physiocrates qu’il combat avec acharnement. Les idées de Simon Linguet peuvent parfois apparaître déconcertantes car elles sont pour le moins remplies de paradoxes. Ainsi, en économie, il met au-dessus de tout le principe de propriété et en même temps il fait une critique du libéralisme économique qui annonce presque les idées de Karl Marx. En politique, il défend à la fois la monarchie absolue et la cause des plus pauvres. En fait, Simon Linguet est fondamentalement un conservateur mais un conservateur anticonformiste, soucieux de paix civile et d’harmonie sociale. En 1841 la ville de Reims donne son nom à une rue située à proximité de l’Hôtel de Ville.
Extrait d'une caricature, Les gobbe-mouches ou les raisonneurs du jour dans
tous les genres, sur l'influence délétère de la presse comme, l'indique l'inscription portée sur le drapeau, Journal politique de Linguet et autres (Gallica-BNF).



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