Jules Leroux, jeune instituteur, dans sa salle de classe (coll. part).
Jules Leroux naît le 11 décembre 1880 à Villers-Semeuse dans un milieu modeste puisque son père est charpentier à la Compagnie des chemins de fer de l’Est à Mohon.
Ce père étant décédé d’un accident du travail en 1889, sa mère doit l’élever seule en travaillant à la journée dans des fermes ou des maisons bourgeoises. Jules Leroux effectue ses études primaires à l'école communale de Villers-Semeuse où son instituteur, Monsieur Richer, qui a repéré ses capacités, va l’aider, après son Certificat d’études primaires, à poursuivre ses études alors qu’étant donné la situation financière précaire de sa famille il aurait dû devenir apprenti à la Compagnie des chemins de fer de l’Est.
Il
entre alors au cours complémentaire de Mohon. Les cours complémentaires,
créés en 1887, sont des classes d'enseignement primaire supérieur annexées à des écoles
élémentaires et placées sous la même direction. Pour y être admis il faut avoir le Certificat d'études primaires et la scolarité y est d'une année.
En 1897 il réussit le
concours d’entrée à l'Ecole normale d’instituteurs de
Charleville où les jeunes gens des Ardennes qui se destinent aux fonctions d'instituteur viennent compléter leur instruction et s'initier aux meilleures méthodes d'enseignement.
École normale d'instituteurs de Charleville, cour intérieure (Archives départementales des Ardennes).
Trois ans plus tard, titulaire du brevet supérieur, il prend son premier poste d’instituteur stagiaire à Gespunsart, à une quinzaine de kilomètres de Charleville. Il est nommé ensuite à Nouzon (l’actuelle Nouzonville) puis en 1904 à l’école primaire supérieure de garçons de Mézières où il enseigne la littérature, l’histoire, la géographie, la morale et l’écriture.
L'école primaire supérieure de garçons de Mézières, aujourd'hui lycée Monge. A la différence du cours complémentaire l'école primaire supérieure est installée dans un local distinct de
celui de l'école élémentaire et placée sous une direction différente.la scolarité y dure deux ou trois ans (Archives départementales des Ardennes).
En 1905, après avoir réussi le concours, il entre à l’École Normale Supérieure de garçons de Saint-Cloud qui forme les professeurs des écoles normales de garçons. En 1907, il en sort professeur de lettres et il est nommé à l’École Normale de garçons de Douai. Jules Leroux est donc un exemple parfait d’ascension sociale due à l’école de la IIIe République.
Indépendamment des écoles
normales d'instituteurs et d'institutrices qui existent dans chaque
département, il a été créé par Jules Ferry deux écoles normales supérieures
d'enseignement primaire pour former des professeurs d'écoles normales. L'une, l'école normale supérieure d'institutrices, créée en 1880, a son siège à Fontenay-aux-Roses. L'autre, l'école normale supérieure d'instituteurs, fondée en 1882, est établie à Saint-Cloud (coll.part).
Mais Jules Leroux fait aussi partie de ces instituteurs-écrivains qui émergent au début du XXe siècle à l'exemple de Louis Pergaud, l’auteur entre autres de La Guerre des boutons, qui est comme lui instituteur de profession et avec lequel il est en contact. Outre plusieurs recueils de poésies, Jules Leroux est l’auteur de trois romans que l’on peut encore se procurer aujourd’hui. Le premier, une fille de rien, paru en 1911, raconte l'histoire d'une fille de la campagne qui, attirée par la ville, tourne mal. L’action se situe en Thiérache puis à Béthune, Douai et Bruxelles. Sur les conseils de Louis Pergaud qui avait obtenu le Prix Goncourt l’année précédente pour son roman De Goupil à Margot, Jules Leroux concourt pour la prestigieuse récompense littéraire mais n’obtient pas assez de voix pour l'obtenir. Son deuxième roman, Léon Chatry, instituteur, paraît en 1913. Jules Leroux y transpose largement son histoire puisque le héros, instituteur débutant, exerce dans une bourgade imaginaire, Bourimont, mais qui ressemble à s’y méprendre à Gespunsart. Le roman est un témoignage non seulement sur l’école rurale de la France du début du XXe siècle mais aussi sur la campagne ardennaise d’avant la mécanisation. Son troisième roman, Le Pain et le Blé, qui se situe aussi dans les Ardennes de la Belle Époque aurait dû être publié fin 1914 mais il ne le sera qu’en 1922 et à titre posthume car Jules Leroux, engagé volontaire en août 1914, est tué le 16 juin 1915 près d’Arras, quelques mois seulement après que Louis Pergaud ait connu le même sort dans le secteur des Eparges.






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