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L’incendie de la cathédrale de Reims de 1481



Si les dommages infligés à Notre-Dame de Reims durant la Première Guerre mondiale sont bien connus, il n’en va pas de même de l’incendie accidentel qui la touche le 24 février 1481.


Il faut tout d’abord rappeler que cette cathédrale est née elle-même d’un incendie, au début du XIIIe siècle, qui a détruit l'édifice précédent qui datait de l'époque carolingienne. Après le sinistre, l’archevêque de Reims, Aubry de Humbert, entend reconstruire le plus vite possible une nouvelle cathédrale mais cette fois dans le style qui est en train de s’imposer, le style gothique. L’archevêque arrive à ses fins puisque la première pierre de l’actuelle cathédrale est posée le 6 mai 1211.

 

 

Aubry de Humbert, archevêque de Reims, avec l'architecte de la cathédrale (à l'arrière-plan, tenant une équerre), oeuvre réalisée en 1908 par le sculpteur Xavier Mathieu (Musées de Reims).

 

Par la suite, le chantier va avancer lentement. A la fin du XVe siècle, il reste encore à édifier les flèches que l’architecte Jean d’Orbais a prévues dans le plan d’origine. Mais, le 24 juillet 1481, un incendie accidentel se déclare dans les combles de la cathédrale un peu avant midi. Il est provoqué par un fourneau à fondre le plomb que deux ouvriers, chargés la veille de réparer la toiture, ont oublié d'éteindre. Le feu se communique à la charpente et dévore rapidement toute la toiture de la cathédrale. On tente bien de lutter contre l’incendie, mais en vain car les moyens de l’époque sont dérisoires. Le feu ne s’arrête que dans la nuit quand tout ce qui est combustible, bois ou plomb, a brûlé. Le lendemain les deux ouvriers responsables de l’incendie sont emprisonnés et on fait le bilan des dégâts qui sont considérables.


Il est paré au plus urgent en construisant un toit provisoire, fait de planches, que l’on recouvre de feuilles de plomb. Mais pour refaire la toiture, il faut de l’argent. Des quêtes sont effectuées dans le diocèse mais les sommes récoltées se révèlent très insuffisantes. Le chapitre de la cathédrale demande alors son aide au roi de France, Louis XI. Le souverain promet mais ne donne rien. Il faut dire que Louis XI, proche de la mort, ne s’intéresse, en ce qui concerne Reims, qu’à la Sainte Ampoule dont il imagine qu’une nouvelle onction pourrait le guérir. Aussi
ordonne-t-il qu'on l'amène auprès de lui malgré la règle interdisant qu'elle sorte de Reims. Partie le 29 juillet 1483, sous bonne escorte, en direction de Pléssis-les-Tours où réside le roi, la Sainte Ampoule n'arrive à destination qu’après le décès de Louis XI, le 30 août, et reprend aussitôt le chemin du retour.

Les travaux de reconstruction vont demeurer au point mort jusqu'au sacre, le 30 mai 1484, du fils de Louis XI, Charles VIII. Ce dernier se montre sensible à l’état de la cathédrale et donne de fortes sommes, financées par une augmentation provisoire du taux de la gabelle, politique qui est continuée par son successeur Louis XII. En reconnaissance de cette générosité, les Rémois décident de placer des fleurs de lys dorées sur le faîtage de la toiture (retirées à la Révolution, elles ont été remises en place lors de la reconstruction de l'après Première Guerre mondiale). Mais, au bout de presque trente ans, les travaux, ayant englouti non seulement les aides royales mais aussi les fonds du chapitre, sont arrêtés, laissant l'édifice inachevé par rapport au plan d'origine. 

 



Au XIXe siècle, on a imaginé à plusieurs reprises ce qu'aurait pu être la cathédrale avec ses flèches : en haut dessin de Viollet le Duc (Gallica), au centre gravure d'un auteur anonyme (Musées de Reims), en bas gravure de 1869 (Bibliothèque de Reims).

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