Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, Reims ne possède pas de théâtre public. Les pièces de théâtre sont jouées seulement en privé, soit au sein des deux collèges (celui des Bons-Enfants et celui des Jésuites) soit dans les salons de quelques grandes familles rémoises.
Mais le goût des représentations théâtrales venu de Paris se
répandant de plus en plus en province, un Rémois nommé Charles Regnault
obtient, en décembre 1754, la permission de construire une salle de
spectacles pour « y faire représenter la tragédie, la
comédie et l’opéra comique ».
La salle est installée dans le local du Jeu de Paume, à l’angle de la rue Large, actuelle rue Buirette, et de la rue Nulle part, ainsi nommée parce qu’elle semblait ne mener nulle part, actuelle rue Jean-Baptiste Caqué, plan du milieu du XVIIIe siècle (Archives municipales de Reims).
Ce théâtre semble avoir eu du succès à ses débuts mais sa fréquentation baisse rapidement car, d’une part, les acteurs sont peu expérimentés et, d’autre part, le bâtiment se révèle incommode et quasi impossible à chauffer en hiver.
En 1777 quelques
riches notables rémois, amateurs de théâtre, décident de créer
une société financière pour faire
construire une nouvelle salle.
Ils
prévoient aussi qu’une fois que leur investissement
leur aura été remboursé, le bâtiment appartiendrait aux Hospices de Reims (à qui, début du XIXe siècle, la ville le rachètera). On y joue "tragédies, comédies françaises et italiennes, opéras sérieux, comiques et bouffons".
Le
nouveau théâtre est situé
rue de la Vieille Couture, devenue
en 1816 la rue de Talleyrand, plan de 1810 (Gallica).
Dessin de la façade du théâtre de la Vieille Couture (Archives municipales de Reims).
Les affaires du théâtre connaissent des hauts et des bas. Jusqu'en 1789 les recettes sont plutôt bonnes pour un théâtre de province.
En revanche, la Révolution est une période particulièrement difficile. Les Sans-culottes rémois reprochent aux acteurs de continuer à jouer des pièces de l'Ancien Régime, "remplies de rois, de reines, de comtes et de marquis" et d'être réticents à jouer des pièces "révolutionnaires".
Dans la première moitié du XIXe siècle
le public, surtout
celui
du parterre, plus populaire, n’hésite pas à donner de la voix quand il n'est pas satisfait de la programmation ou du jeu des acteurs. Le 14 mars 1837, en plein milieu d'un opéra, il s'oppose même violemment au public, plus bourgeois, des loges. On en vient aux mains, des bancs sont arrachés, le lustre brisé et la police doit intervenir pour rétablir le calme. Quant
aux spectacles qui sont donnés rue de Talleyrand, il s’agit
surtout de comédies et de vaudevilles, alors qu'opéras et tragédies y sont
beaucoup plus rares.
un exemple de vaudeville joué à Reims : Le séducteur champenois ou Les Rhémois (BNF-Gallica).
Les directeurs, qui ne restent pas longtemps en place, ne marquent guère le public rémois à deux exceptions près :
C'est au milieu des années 1860 que la municipalité prend la décision de construire une nouvelle salle pour remplacer celle de la rue de Talleyrand devenue trop vétuste.
L'emplacement choisi est d’ailleurs tout proche de l'ancien théâtre puisqu’il s’agit de l’intersection entre les rue de
Vesle, Chanzy et Tronsson-Ducoudray, plan de1872 (Gallica).
L’architecte, le rémois Alphonse Gosset, va s’inspirer de l’Opéra de Paris de Charles Garnier, alors en construction, mais en plus modeste et en moins coûteux, dessin de la façade principale (Musée d'Orsay).
Débutés en 1867, les travaux sont retardés par la guerre de 1870-1871 ce qui fait que le théâtre ne peut être inauguré que le 3 mars 1873.
Après le départ de Victor Blandin en 1879, et jusqu'en 1914, le Grand Théâtre de Reims voit défiler une dizaine de directeurs successifs. Si la plupart n'assurent que de une à trois saisons, certains restent plus longtemps comme Henri Francqueville qui dirige le théâtre de 1891 à 1898 et qui se montre comme un homme directeur soucieux de présenter des oeuvres récentes. Ainsi, le 9 février 1893, par exemple, il fait jouer l'opéra de Jules Massenet, Werther, trois semaines seulement après sa création à l'Opéra-Comique de Paris.
De même la pièce de Gaston Marot, Les aventures de Thomas Plumepatte, est une production récente puisqu'elle a été représentée pour la première fois à Paris, au théâtre de la République, le 6 novembre 1895 (Bibliothèque municipale .
Cependant Henri Francqueville (le nom de Villefranck sur l'affiche est le pseudonyme qu'il avait pris quand il était acteur) reste fidèle à la tradition rémoise de présenter une oeuvre légère et spectaculaire pour la période de Pâques comme le montre cette affiche de 1892. C'est en 1875 que Jacques Offenbach avait créé cet opéra-féerie inspiré de deux romans de Jules Verne, De la Terre à la Lune et Au centre de la Terre (Bibliothèque municipale de Reims)


















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