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Guillaume Ternaux.

 

Le baron Ternaux, gravure de Lefebvre (Gallica-BNF)

 

Guillaume Ternaux naît le 7 octobre 1763 à Sedan. Son père possède une petite entreprise de draperie qui compte 17 métiers à tisser. En 1781 il part s’établir à Paris et il abandonne à son fils Guillaume, alors âgé de 18 ans, sa modeste entreprise sedanaise à laquelle le jeune homme va donner un essor considérable puisqu’en 1794 elle compte 150 métiers. En 1789, Guillaume Ternaux accueille avec faveur les débuts de la Révolution parce qu’elle supprime les vieilles réglementations et introduit le libéralisme économique dont il est un grand partisan. Mais, politiquement modéré, il condamne l’évolution de plus en plus radicale du nouveau régime. En 1792, il est même forcé de s’exiler, exil qu’il met à profit pour apprendre en Allemagne et en Italie de nouvelles techniques de production.

Rentré en 1798, il va développer son entreprise de manière spectaculaire. Ce succès est favorisé par un contexte où la demande en drap de laine est forte, en particulier pour la confection d’uniformes militaires. Mais il tient aussi beaucoup au génie de Guillaume Ternaux. Ce dernier développe de nouveaux produits. Deux en particulier font sa renommée : les étoffes en laine de moutons mérinos qui sont à la fois moelleuses, légères et solides et surtout les fameux châles en laine fine et en soie qui imitent en beaucoup moins cher les vrais cachemires. 

 

 Un châle est une pièce d'étoffe carrée ou triangulaire que les femmes portent sur leurs épaules au-dessus de leur robe pour avoir plus chaud. Sous le Directoire et l'Empire le châle devient l'accessoire indispensable aux femmes de la bonne société (le costume historique).

 

Les châles Ternaux passent dans le langage courant comme on peut le voir dans les romans de Balzac. Guillaume Ternaux est aussi un adepte du machinisme. Ainsi, le premier métier mécanique à filer la laine installé en France l’est dans son usine de Bazancourt, près de Reims. La modeste entreprise sedanaise est devenue l’empire Ternaux qui, en 1807, compte 16 usines et emploie 11 000 ouvriers répartis dans plusieurs centres : Sedan mais aussi Reims, Louviers en Haute-Normandie, Liège en Belgique. L’empire Ternaux est un système concentré qui cherche à contrôler toutes les étapes, depuis la production de la laine jusqu’à la vente des tissus dans des magasins qui lui appartiennent. Il ouvre aussi des comptoirs en Espagne, en Italie et en Russie. Ternaux possède même un navire de commerce qu’il a baptisé de son nom.  

 

La résidence de Guillaume Ternaux à Saint- Ouen (Gallica-BNF).

Guillaume Ternaux est maintenant un notable qui possède un château en région parisienne, à Saint-Ouen. Il fait aussi de la politique et il est élu député à plusieurs reprises. Envers ses ouvriers il fait montre d’un paternalisme qui frise parfois le ridicule. Ainsi, il conçoit, pour eux et pour les pauvres, une mixture composée de farine de pommes de terre, de bouillon d’os de viande et de carottes, le tout parfumé à la girofle et qu’il baptise le "Terouen" (contraction de son nom et de celui de son château).

Mais Guillaume Ternaux a vu trop grand et son empire industriel s’effondre vers 1830. Il doit vendre une partie de ses biens. Vieilli et épuisé, il meurt le 2 avril 1833 d’une congestion cérébrale. Mais, même si elle se termine mal, l’aventure Ternaux, marque le passage d’un artisanat routinier à la grande industrie moderne et mécanisée.


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