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Les rois fainéants

 

  

Illustration d'un manuel d'histoire de l'école primaire du début du XXe siècle (coll.part).

 

Depuis plus d’un siècle, les manuels d'histoire de l’école primaire illustrent l’épisode des rois fainéants par une vignette représentant un souverain indolent porté dans un char à bœufs. Mais qui sont réellement ces rois fainéants et pourquoi cette image négative ?

Historiquement, l’expression rois fainéants s’applique aux derniers souverains de la dynastie des Mérovingiens. Cette dynastie est fondée par le roi des Francs Clovis à la fin du Ve siècle après Jésus-Christ. Clovis avait réussi, après la chute de l'Empire romain à unifier une grande partie de la Gaule. À partir de Clovis, le royaume des Francs prend forme et va se transmettre de génération en génération. Certes, ce n’est pas un long fleuve tranquille mais pendant presque deux siècles les souverains mérovingiens paraissent tenir le pouvoir d’une main ferme. Pourtant, progressivement, monte l’influence des maires du palais qui sont, en quelque sorte, des premiers ministres. A partir de la fin du VIIe siècle, les maires du palais gèrent de plus en plus le royaume à la place des souverains mérovingiens qui perdent quasiment tout pouvoir réel. Une famille de maires du palais qui se succèdent de pères en fils va finir par évincer les mérovingiens. Cela commence avec Pépin de Herstal puis, avec son fils Charles Martel et se termine avec le fils de ce dernier, Pépin le Bref. 

 


Le dernier des Mérovingiens, tableau d'Évariste -Vital Luminais, 1884 (Musée des Beaux-Arts de Carcassonne).  

 

En 751, Pépin le Bref, dépose le dernier roi mérovingien, Childéric III, et le fait enfermer dans un monastère. Puis, il se fait alors élire roi  par les grands du royaume, fondant ainsi la dynastie des Carolingiens. En même temps, il demande au pape Zacharie de le reconnaître comme nouveau roi des Francs. Trois ans plus tard, en 754, le successeur de Zacharie, le pape Etienne II vient en personne à l’abbaye de Saint-Denis, près de Paris, pour le sacrer. Par ce geste, les Carolingiens sont désormais des monarques de droit divin.

Pourtant les derniers rois mérovingiens, s’ils ont bien été progressivement évincés par les maires du palais n’ont pas pour autant été de vrais "fainéants". Ce surnom, peu flatteur, leur a été donné après coup par les chroniqueurs carolingiens qui ont travesti l’histoire dans le but de défendre la nouvelle dynastie. En effet, noircir l’image des derniers carolingiens revient en fait à justifier le coup d’État de Pépin le Bref. Ces chroniqueurs décrivent donc les derniers rois mérovingiens comme ne faisant rien de leur journée, à part boire et manger, ce qui est faux. Plus tard, on les représentera avachis sur des coussins dans des charrettes tirées par des bœufs, ce qui est aussi une déformation de la réalité. Cette mauvaise réputation est répétée jusqu’aux historiens républicains du XIXe siècle qui la reprennent dans les manuels scolaires. Aujourd’hui encore, cette étiquette de rois fainéants est toujours vivace même si les historiens actuels ont bien montré qu’il s’agit d’un travestissement de l’histoire.



 

  Fête du triomphe à Saint-Cyr-l'École, 1919, photographie de presse (Gallica-BNF)




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