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Les rapports établis par le Moyen-Age entre catastrophes climatiques et châtiments divins.


A lire certains textes médiévaux, les catastrophes climatiques sont des châtiments envoyés par Dieu pour punir les pécheurs. Ainsi en est-il, en 1248, du spectaculaire effondrement du Mont Granier, dans la partie savoyarde du massif de la Chartreuse. 

 


Le Mont Granier, gravure du XVIIIe siècle (coll.part).

 

Avec un millier de victimes son retentissement est immense dans toute l'Europe chrétienne, beaucoup y voyant une manifestation de la toute-puissance divine pour punir les habitants de l’endroit qui auraient pratiqué l'usure et voulu s'approprier les terres d'un monastère. Parfois, c’est au diable ou à d’autres démons que l’on attribue la survenue des calamités. Aussi n’est-il pas étonnant que pour se prémunir de ces dernières on s’en remette à la religion, réflexe d’ailleurs très ancien puisque dans l’Antiquité on implorait déjà les dieux païens. Mais l’Église a canalisé ce qu’elle considère comme des superstitions. Désormais il est fait appel aux saints dont certains sont en quelque sorte "spécialisés" dans les catastrophes naturelles. 

 

 

Le martyre de Saint Barnabé, tableau d'Ozias Leduc, 1911 (Musée national des Beaux-Arts du Québec).

 

Le martyre de Sainte Barbe, tapisserie du XVIIe siècle (Ville d'Aubusson).
 

Saint Barnabé, qui a été lapidé, est ainsi réputé efficace contre la grêle et Sainte Barbe, dont le bourreau de père a été foudroyé, l’est contre la foudre. Dans le même ordre d’idée la sonnerie des cloches est censée éloigner les orages. 

 

 La procession des Rogations à Fronsac, près de Libourne, tableau de Charles Quinsac, 1838 (coll.part).

 

Des rituels sont aussi mis en place comme celui attribué à l’évêque de Vienne, saint Mamert, à la fin du Ve siècle. Ce dernier, selon la tradition, aurait dans la période précédant l’Ascencion, c’est à dire au moment où les cycles naturels de la fécondité se renouvellent, organisé dans son diocèse des processions pour supplier Dieu d’éloigner les calamités naturelles. Ce sont les Rogations, du latin rogare qui signifie supplier. Ces Rogations s’étendent à tout l’Occident chrétien dès le début du Moyen-Age et leur succès ne va jamais se démettre jusqu’à aujourd’hui.


Cela dit, il convient d'apporter des nuances. Tout d'abord, notre information est biaisée car les textes que nous possédons viennent pour l’essentiel de clercs qui sont imprégnés de l’ Écriture Sainte, laquelle associe fréquemment cataclysme et punition des hommes. D'ailleurs le clergé n'hésite pas à utiliser la survenue des calamités pour faire peur aux fidèles et les pousser à la pénitence. Ensuite, il ne faut pas croire que l’on se réfère à tout instant à la vengeance divine. Il existe aussi de nombreux chroniqueurs qui décrivent les malheurs du temps sans y voir forcément la main de Dieu. Même un ecclésiastique de haut rang comme l’évêque de Grenoble, Jean de Sassenage, qui, après une grave inondation en septembre 1219, en appelle à la générosité des fidèles, ne fait qu’une courte allusion au diable et s’appesantit au contraire longuement sur les causes naturelles de la catastrophe et ses conséquences. Enfin, le recours à Dieu et à ses Saints n’est pas l’unique réaction des populations et de leurs dirigeants qui, en cas de calamités, tentent fréquemment d’en réduire les conséquences en distribuant gratuitement de la nourriture ou des vêtements.

Au total, l’image misérabiliste d’un Moyen-Age totalement résigné devant les catastrophes et écrasé par la vengeance divine est assez largement inexacte.