Accéder au contenu principal

Que nous disent les historiens actuels sur la conversion au christianisme de l’empereur Constantin 1er en 312 après Jésus-Christ ?

  

 

 

Tête de l'empereur Constantin, fragment d'une statue colossale érigée au IVe siècle (Musée du Capitole, Rome).

Tout d’abord, la vision traditionnelle selon laquelle en 312 le christianisme aurait déjà largement gagné la partie face au paganisme et que la conversion de Constantin 1er n’en serait que la conséquence évidente est aujourd’hui largement remise en cause. Certes, il existe déjà des chrétiens dans l’empire romain avant 312 mais, même si leur nombre est en augmentation, ils ne représentent toujours qu’une petite minorité, peut-être seulement 10 % des 70 millions d’habitants que compte alors l’empire. De plus, cette minorité est loin d’être toujours bien vue comme le montre le fait qu’elle vient de subir trois vagues récentes de persécutions. En ce qui concerne les violences contre les chrétiens il faut rappeler que, si, dès le départ, des chrétiens subissent le martyre, il s’agit souvent de persécutions locales ou liées aux circonstances, comme lorsque l’empereur Néron les a faussement accusés de l’incendie de Rome. Par contre, les trois persécutions décrétées après 250, la première sous l’empereur Dèce, la deuxième sous l’empereur Valérien et la troisième sous l’empereur Dioclétien, sont généralisées à tout l’empire, même si leur application réelle varie selon les régions. 

 

 

 Saint Erasme de Formia (connu aussi sous le nom de Saint Elme), flagellé en présence de l'empereur Dioclétien, fresque byzantine du VIIe siècle, (Musée national de Rome).

 

Cependant, ces persécutions se révélant incapables d’enrayer la progression du christianisme, elles sont arrêtées en 311 par l’empereur Galère. En tout cas il est clair que dans le contexte de l’époque la conversion de Constantin ne va pas de soi et qu’il faut s’interroger sur le rapport personnel de l’empereur avec le christianisme.

Le seul fait historique connu avec certitude est son baptême qui a lieu peu de temps avant sa mort en 337. 

 


Baptême de l'empereur Constantin par le pape Sylvestre 1er,  fresque de la première moitié du XVIe siècle. Le peintre a donné à Sylvestre 1er les traits de Clément VII, Pape de 1523 à 1534 (Musée du Vatican).


Mais cette date n’est pas significative car, à l’époque, il est courant de se faire baptiser sur son lit de mort, alors même que l’on est chrétien depuis longtemps, ceci tout simplement parce que, comme l’on considère alors que seul le baptême peut effacer toutes les fautes, il vaut mieux être purifié juste avant de comparaître devant le Juge suprême. Il est donc certain que Constantin est devenu chrétien bien avant 337 mais à quelle date ? 

 

La  bataille du Pont Milvius, tableau de Pieter Lastmann, 1613.

 

La tradition chrétienne fixe cette conversion au 28 octobre 312, qui correspond à la victoire de Constantin sur son rival Maxence au Pont Milvius près de Rome. La veille du combat, le Christ serait apparu en songe à Constantin et, lui montrant un chrisme, c’est à dire les deux premières lettres grecques du mot Christ, lui aurait dit qu’il vaincrait par ce signe. Nous connaissons l’épisode car il a été rapporté plus tard par l’évêque Eusèbe de Césarée. Que l’on croit ou non à la réalité de cette vision on peut considérer que 312 marque bel et bien le début de l’adhésion de Constantin au christianisme même si celle-ci s’est probablement fortifiée dans les années suivantes. En tout cas, il est certain qu’après 312, Constantin marque son attachement à l’Église en lui accordant nombre de privilèges.

Les historiens, aujourd’hui, ne pensent plus guère que Constantin aurait pu connaître le christianisme dès l’enfance sous l’influence de sa mère, la future Sainte Hélène, car les recherches récentes ont montré que la conversion de cette dernière a eu lieu après celle de son fils et non pas avant. Par contre, Constantin semble avoir eu avant 312 des tendances à une sorte de monothéisme comme le prouve sa dévotion envers Apollon. Ainsi, des auteurs païens ont rapporté qu’il aurait eu une vision concernant ce dieu en 310.

Cela dit, les considérations politiques ont dû aussi jouer un rôle majeur. Depuis le milieu du IIIe siècle il existe une rivalité féroce entre les prétendants au trône impérial et, pour faire valoir sa légitimité face à ses adversaires, chacun d’eux s’appuie sur un support religieux. Or Constantin possède une immense ambition qui va d’ailleurs l’amener à faire éliminer physiquement tous ses rivaux. Ainsi, en 324, il renverse son co-empereur Licinius qu’il fait exécuter ainsi que son fils, pour se retrouver seul à la tête de l’empire. Cette extrême brutalité politique, courante à l’époque, montre bien que Constantin est avant tout un homme de pouvoir. Devenu l’unique maître de l’empire romain, il exerce son autorité de manière quasi absolue, notamment en faisant construire une capitale nouvelle sur le site de l’antique ville de Byzance et à laquelle il donne son nom, la ville de Constantin, Constantinople (l’actuelle Istanbul). 

 

 L'empereur Constantin présente un modèle de sa ville à la Vierge Marie, détail d'une mosaïque byzantine.

 

Par contre, son choix du christianisme, une religion très minoritaire et encore souvent décriée, peut paraître étonnant et politiquement risqué. Mais, pour Constantin, le Dieu des chrétiens offre un double avantage politique : Dieu tout-puissant, il est supérieur aux dieux païens de ses rivaux et, Dieu unique, il peut être adoré dans tout l’empire ce qui en renforcera l’unité. Par ailleurs, en habile politique conscient que l’écrasante majorité de ses sujets est encore païenne, Constantin n’interdira jamais le paganisme durant tout son règne mais au contraire le ménagera. De même, il n’hésite pas à exercer son contrôle sur l’Église en intervenant dans son fonctionnement, notamment en juillet 325 quand il convoque le concile de Nicée pour répondre aux divergences doctrinales qui divisent alors le christianisme. Au total, le choix du christianisme par Constantin relève à la fois de convictions personnelles sincères et d’intérêts politiques bien compris, les deux étant intrinsèquement liés.


À la mort de Constantin, en 337, le pouvoir passe à des empereurs qui sont tous chrétiens, à l'exception de Julien l'Apostat, lequel échoue cependant à restaurer les anciens dieux. Le coup fatal au paganisme est finalement porté par l'empereur Théodose qui, en 391, interdit les cultes païens et proclame le christianisme comme religion d’État. Mais il faudra encore un certain temps pour que le christianise se généralise partout, en particulier dans les campagnes.