Le général de Gaulle au micro de la BBC le 30 octobre 1941 (Service historique de la Défense).
On croit généralement que l’appel lancé à la BBC, le 18 juin 1940, par le général de Gaulle a réellement commencé par la célèbre formule : "Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat". Or, ce n’est pas tout à fait la réalité historique puisque les paroles prononcées le 18 juin par le général de Gaulle sont celles-ci : "Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer". La différence est notable puisque la première formulation marque une rupture avec le gouvernement du maréchal Pétain alors que la seconde est plus modérée.
Pour comprendre ce qu’il s’est passé, il faut revenir un peu en arrière. Le 17 juin 1940, au matin, de Gaulle s’envole de Bordeaux pour Londres. Le même jour, à 12h30, le maréchal Pétain annonce qu’il a sollicité un armistice auprès des Allemands. Toujours le 17, vers 15 heures, de Gaulle rencontre le premier ministre Winston Churchill et lui fait part de son désir d’appeler, sur les ondes de la BBC, les Français à refuser cet armistice et à continuer le combat. Le lendemain, le 18 au matin, De Gaulle, rédige le texte qu’il entend lire à la BBC et le fait parvenir au gouvernement britannique. Ce dernier se montre réservé et il faut que Winston Churchill, mette tout son poids dans la balance pour que la diffusion soit autorisée. Vers 18h, de Gaulle enregistre un texte qui est diffusé un peu après 22h. Mais cet enregistrement n’est pas conservé par la BBC ce qui fait que la version radiophonique, avec la formulation "les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat" et que l’on présente comme celle prononcée le 18 juin a, en fait, été enregistrée quatre jours plus tard, le 22.
Les paroles réellement prononcées par de Gaulle le 18 sont donc "Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables un cessez-le-feu était possible. Il a déclaré que, si ces conditions étaient contraires à l’honneur, la dignité et l’indépendance de la France, la lutte devait continuer". D’ailleurs, la BBC a rédigé un communiqué publié le lendemain par quelques rares journaux français comme Le Petit Marseillais, Le Petit Provençal, Le Progrès, et où l’on retrouve cette formulation.
La première page du Petit Provençal du 19 juin 1940. Il faut noter l'erreur de transcription du nom du général, de Gaule au lieu de de Gaulle (Archives du journal).
En outre, dans les années 1990, on a retrouvé une retranscription du véritable appel du 18 juin faite par un service suisse qui était chargé de l’écoute des radios étrangères et on y retrouve aussi la même formulation.
En fait, le 18 juin 1940, de Gaulle avait bel et bien l’intention d’utiliser la première formule mais, au dernier moment, il a dû accepter d’amender son texte à la demande du gouvernement britannique. La raison en est que le 18 juin, les Anglais ont encore un petit espoir que Pétain refuse les conditions d’armistice, que les Allemands n’ont pas encore fournies, et continue la guerre. Il faut donc le ménager. Mais cette précaution n’a plus de raison d’être lorsque l’armistice est signé le 22 juin 1940.
Cependant, la position de de Gaulle est encore bien fragile. Churchill espère encore pouvoir accueillir à Londres des personnalités plus prestigieuses que ce général à la forte personnalité mais quasi inconnu. Ce n’est que que début juillet 1940 que, personne d’autre n’arrivant, de Gaulle est reconnu comme le chef des Français Libres.
Le général de Gaulle dans une rue de Londres en août 1940, photographe inconnu (ECPAD).



