Statue de Johannes Gutenberg à Strasbourg (coll.part).
Les origines lointaines de l'imprimerie sont à chercher en Chine avec la mise au point, vers 500 après Jésus-Christ, de la xylographie. Il s’agit d’un système qui permet d’imprimer en utilisant des matrices en bois sculptées qui sont ensuite encrées et imprimées sur une feuille de papier, le papier étant d’ailleurs lui aussi une invention chinoise.
Le plus ancien livre imprimé au monde est d’ailleurs coréen. Il s’agit du Jikji, un recueil de sagesse bouddhiste imprimé avec des caractères métalliques en 1377 dans le monastère de Heung Deok, près de la ville de Cheongju. Découvert à la fin du 19e siècle par le diplomate français Victor Collin de Plancy, il est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France (BNF-Gallica).
L'impression à caractères mobiles n'a cependant pas, en Asie, supplanté la xylographie. Vu la multiplicité des caractères chinois et donc le très grand nombre de caractères mobiles nécessaires, la xylographie y est restée la technique dominante jusqu'au début du XXe siècle.
Par contre, l’Europe est en retard. La diffusion du savoir s’y fait encore uniquement grâce à des ateliers de copistes. Aux ateliers monastiques du départ s’ajoutent, au fur et à mesure du Moyen Age, des ateliers universitaires ou privés. Ils produisent des livres copiés à la main, ouvrages religieux, grands traités juridiques et théologiques, romans de chevalerie, tous destinés à l’Église, à l’aristocratie ou à la riche bourgeoisie. Cependant, malgré leur nombre élevé et une organisation très au point, ces ateliers de copistes ne peuvent plus à la fin du Moyen-Age satisfaire la demande croissante de textes reproduits à l’identique.
C’est à Johannes Gutenberg que l’on doit alors une invention décisive. Né à Mayence en Allemagne vers 1400, il apprend d’abord le métier d’orfèvre et s’installe à Strasbourg où il commence à s’intéresser à la reproduction des textes. Au bout de plusieurs années de travail, il met au point une nouvelle technique d’impression. Celle-ci repose sur trois innovations : la mise au point d’une encre à base d’huile ce qui la rend moins fluide que celle, utilisée jusque-là par les copistes et qui était à base d’eau ; la maîtrise des caractères typographiques mobiles et interchangeables en utilisant un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine ; la mise au point d’une presse de son invention, munie d’un chariot mobile et d’un châssis sur lequel est posée la feuille à imprimer.
Grâce à ce procédé, dont l’ensemble est vraisemblablement mis au point vers 1450, Gutenberg réalise l’impression de son premier livre, la célèbre Biblia sacra latina qui compte 1282 pages. Il en est publié, en février 1455, 300 exemplaires dont 48 subsistent aujourd’hui. Son succès est immédiat. Mais financièrement Gutenberg n’en profitera pas car il perd un procès contre l'un des associés qu’il avait dû prendre pour financer ses recherches et qui réclame le remboursement immédiat de ses investissements. Ruiné, Gutenberg revient à Mayence où il meurt en 1468.
Sur cette gravure, le maître imprimeur surveille l’atelier. Un compositeur choisit les caractères dans une boîte à compartiments, la casse. Un employé lui lit le texte à imprimer. Lorsque tous les pavés de textes sont composés, ils sont transférés dans un cadre, « le châssis ». Les espaces vides sont comblés par des baguettes de plomb qui ne s’impriment pas, « les garnitures ». L’ensemble constitue ce qu’on appelle « la forme », qui est ensuite encrée grâce à des outils en forme de toupies, « les balles à encrer ». Un employé est en train d’encrer la forme avec deux balles à encrer. On remarque également un jeune apprenti posant délicatement sur une pile les feuilles imprimées. Une fois coupées et assemblées, elles constitueront le livre (Gallica-BNF).
Les titres imprimés au XVe siècle, soit avant le 1er janvier 1501, sont appelés des incunables. Ici un incunable de 1482 conservé à la Bibliothèque Carnegie de Reims.
L’imprimerie aura de profondes répercussions sur la façon de penser de l'Occident puisqu’elle permet d’avoir un accès direct aux textes bibliques et antiques. Elle va ainsi considérablement aider à la diffusion de l’Humanisme et de la Renaissance mais aussi à l’émergence du protestantisme.
Pour aller plus loin :
Michael Twyman, L'imprimerie. Histoire et techniques, 2007, 118 p., ENS Lyon-INRP.
Henri Jadart, Les débuts de l'imprimerie à Reims et les marques des premiers imprimeurs, 1550-1650, Imprimerie de L'Indépendant rémois, 1893.






