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7 juin 1494, l’Espagne et le Portugal se partagent le monde à Tordesillas.


  

Signature du traité de Tordesillas.

 

A partir du milieu du XVe siècle, les Portugais partent à la découverte de nouvelles terres, suivis bientôt par les Espagnols. Mais les deux puissances ibériques ne tardent pas à s’opposer sur la propriété de ces terres. Aussi vont-elles demander l’arbitrage du pape. Dans un premier temps, cet arbitrage est plutôt favorable aux Portugais. Cependant, les découvertes de Christophe Colomb ayant changé la donne, en 1493 le pape Alexandre VI accorde à l’Espagne "la libre et entière juridiction sur les terres découvertes ou à découvrir situées à 100 lieues à l’ouest des archipels des Açores et du Cap-Vert". Cependant, cette ligne de démarcation n’étant qu’indicative, le Portugal et l’Espagne vont la négocier. Les discussions aboutissent à la signature du traité de Tordesillas, petite ville espagnole près de Valladolid, le 7 juin 1494.  

 




      La ligne de partage de 1494, détail du planisphère de Cantino, 1502 (bibliothèque Estense, Modène).

 

Espagnols et Portugais décident d’établir une ligne de pôle à pôle située à 370 lieues des îles du Cap-Vert, donc nettement plus à l’ouest que celle fixée en 1493. La partie orientale formera le domaine portugais et la partie occidentale le domaine espagnol. Il s’agit donc bien d’un accord diplomatique portant sur un partage territorial du monde à découvrir. Ce déplacement à l’Ouest de la ligne de partage va permettre aux Espagnols d’exercer leur domination sur une partie plus importante de ce qu’ils croient être encore l’Asie. Quant aux Portugais, cela leur permet de contrôler la route des Indes passant par le cap de Bonne-Espérance. Surtout, le nouvel accord leur permettra de s’assurer de la souveraineté sur le Brésil, officiellement découvert en 1500, même si plusieurs indices laissent penser que les Portugais connaissaient déjà à Tordessillas l’existence de cette terre mais qu’ils avaient jugé préférable de ne pas en informer leurs rivaux espagnols. Cependant, les dispositions du traité de Tordesillas sont loin de régler tous les problèmes. 

 

   Les Moluques, carte de 1650 (Gallica-BNF).
 

Au début du XVIe siècle, Portugais et Espagnols s’affrontent pour le contrôle de l’archipel des Moluques qui est une zone capitale pour la production des clous de girofle très recherchés en Europe. Chaque pays estimant que l’archipel se trouve dans sa partie, il faut attendre 1529 pour que la question soit réglée. Beaucoup plus important est le fait que ce monopole, établi au profit des seules puissances ibériques, est contesté par la France, l’Angleterre et les Pays-Bas. Ces pays considèrent que les décisions pontificales ne les concernent en rien. François 1er , notamment, demandera avec ironie au pape qu’on lui montre "la clause du testament d’Adam qui exclut la France de ce partage" ! Il obtient d’ailleurs satisfaction puisque, en 1533, le pape Clément VII précise que les Portugais et les Espagnols se partagent seulement les terres connues en 1494 et non celles qui seront ultérieurement découvertes par d’autres pays. Ainsi, le partage du monde entre Portugal et Espagne n’a été que de courte durée et n’a en rien empêché l’émergence d'autres pays colonisateurs.

 Pour aller plus loin : 

Jean Meyer, L'Europe et la conquête du monde (XVIe-XVIIIe siècles), Armand-Colin, 2009.