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L’Affaire du Courrier de Lyon

 

malle-poste du type de celle du Courrier de Lyon (coll. part).

Le 8 floréal an IV (27 avril 1796) vers quatre heures de l'après-midi, un fourgon postal quitte Paris pour Lyon avec, à son bord, sept millions en assignats destinés à l’armée d’Italie. Trois personnes y ont pris place : un convoyeur, nommé Excoffon, un postillon nommé Audebert et un particulier qui s’est enregistré sous le nom de Laborde. A l’époque, il est d’usage de permettre à des voyageurs pressés de bénéficier, contre espèces sonnantes et trébuchantes, de la rapidité des malles administratives. 

 

L'attaque du fourgon (coll.port).

Le lendemain, près de Melun, le fourgon est retrouvé vidé de ses assignats. Le convoyeur et le postillon ont été tués et le passager a disparu avec l’un des trois chevaux du fourgon. L’enquête commence au relais de poste de Montgeron où deux servantes avaient remarqué la veille quatre hommes qui leur ont semblé suspects. Pour les enquêteurs, ces quatre hommes et le passager disparu ne peuvent être que les auteurs de l’attaque. Assez vite, on arrête un certain David Bernard qui a fourni les chevaux, puis un nommé Etienne Couriol chez qui on trouve une petite partie de l’argent volé. Les enquêteurs s’intéressent ensuite à l'une des relations de Couriol nommée Guesnot. Un temps soupçonné, Guesnot est mis hors de cause. Devant aller à la préfecture de police pour récupérer ses papiers, Guesnot se fait accompagner par un ami, Joseph Lesurques, qui est lui aussi une relation de Couriol. Le hasard fait qu’au même moment deux servantes du relais de poste de Montgeron, qui attendent d’être interrogées, croient reconnaître dans Lesurques l’un des bandits. Lesurques est immédiatement arrêté malgré ses dénégations. Lors du procès son alibi tombe lorsque l’on constate qu’il repose sur un document raturé. 

   "Pénibles adieux", gravure d'Auguste Gaspard Louis Desnoyers, 1802 (Gallica-BNF).

 

Etienne Courriol, David Bernard et Joseph Lesurques sont condamnés à mort le 5 août 1796 et exécutés le 30 octobre de la même année. Jusqu’au bout Joseph Lesurques proclame son innocence. Surtout, avant de monter sur l’échafaud, Couriol l’innocente en disant qu’il a été confondu avec un certain Duboscq. En 1797 on arrête un nommé Durochat qui est en fait celui qui s’était enregistré sous le faux nom de Laborde. Condamné à mort, Durochat déclare lui aussi que Lesurques est innocent. Enfin, en 1800, Dubocsq est arrêté. Ce dernier, se déclare étranger à l’affaire mais certains témoins lui reconnaissent une ressemblance troublante avec Lesurques. Duboscq, condamné à mort, est exécuté en février 1801. Aprèsl’exécution de Dubosq, d’autres condamnations suivent. Au final, sept personnes ont été guillotinées pour cette affaire.

Le cas Lesurques devient alors le symbole de l’erreur judiciaire. Commence alors plusieurs décennies de lutte pour que celle-ci soit reconnue. En décembre 1868 une loi reconnaît le bénéfice du doute et la réhabilitation des condamnés reconnus innocents après leur mort, ce dont d’ailleurs n’a pu bénéficier Lesurques malgré toutes les procédures menées par sa famille.  

 

Le "Monument Lesurques", cimetière du Père Lachais à Paris, carte postale de 1880 (Gallica-BNF).

Si Joseph Lesurques est le plus souvent considéré comme victime d'une erreur judiciaire, des points d’ombre demeurent ce qui amène aujourd’hui certains chercheurs à émettre l’hypothèse que, sans avoir participé lui-même à l’attaque, Lesurques aurait pu en être le commanditaire financier.

 

L'Affaire du courrier de Lyon a été source d'inspiration pour plusieurs romanciers, cinéastes ou auteurs de théâtre, entre autres :

 

1884, La Bréban ou l'Affaire du Courrier de Lyon, roman de Maurice Jogand (BNF-Gallica).

1937, L'Affaire du Courier de Lyon, film de Claude Autant-Lara et Maurice Lehmann (BNF-Gallica).


1963, La vérité sur l'Affaire du Courrier de Lyon, téléfilm de la série "La caméra explore le temps" de Stellio Lorenzi (INA).

 

1987, L'Affaire du Courrier de Lyon, pièce de théâtre d'Alain Decaux et Robert Hossein (BNF-Gallica).