L'expulsion des Juifs, miniature extraite des "Grandes chroniques de France" (BNF).
Le document le plus ancien qui atteste d’une présence juive à Reims date des alentours de l’an mil. Il s’agit d’un texte qui mentionne l’existence d’un cimetière juif situé aux limites du faubourg Saint-Remi, à l’intersection des routes de Châlons et de Cernay. Plus tard, en 1103, une charte évoque une rue des Juifs (à l’emplacement de l’actuelle rue des Élus) où se trouve aussi la synagogue. Cette population est peu nombreuse, quelques familles tout au plus. Progressivement la situation des Juifs va se détériorer jusqu'à leur expulsion définitive du royaume de France décidée par le roi Charles VI en 1394. Après cette date il n'existe plus aucune présence juive à Reims.
Il faut attendre la Révolution, qui fait des Juifs français des citoyens à part entière, pour voir à nouveau une communauté juive à Reims. Mais elle est très modeste. Sous le Premier Empire il ne semble y avoir eu que deux Juifs, tous deux petits colporteurs et célibataires. Sous la Restauration, on a tout au plus 4 ou 5 familles. Le recensement de 1851, le seul à avoir demandé la religion professée, relève 149 juifs pour l’ensemble de l’arrondissement de Reims.
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La synagogue de Reims, cartes postales de la Belle Époque (coll.part).
L’annexion de l’Alsace-Lorraine en 1871 entraîne l’arrivée à Reims de nombreux Juifs qui veulent rester Français. Il en résulte un essor de la communauté rémoise qui atteint 650 membres à la fin du XIXe siècle. Du coup, les Juifs rémois demandent à avoir leur propre rabbin alors que jusque-là ils dépendaient de celui de Châlons-sur-Marne, ce qui leur est accordé en décembre 1874. Parallèlement, la communauté juive lance la construction d’une synagogue, le petit oratoire de la rue des Capucins utilisé jusque-là étant devenu insuffisant. La synagogue est édifiée rue Clovis sur les plans de l’architecte municipal Ernest Brunette et elle est inaugurée le 5 septembre 1879.
L’entre-deux-guerres voit une diminution relative des effectifs de la communauté juive de Reims qui atteint un peu plus de 500 membres en 1939. Si une quarantaine de familles fuyant la Pologne se sont installées dans la ville, elles ne compensent pas ceux des Juifs rémois qui ayant dû, comme le reste de la population, quitter la ville n’y sont pas revenus après 1918.
La grande épreuve des Juifs rémois débute à l’été 1940 avec l’occupation allemande. Dès septembre 1940 les Juifs doivent se faire recenser. Par la suite, il leur est interdit de posséder un poste de radio, de fréquenter les salles de spectacle et, en juin 1942, ils sont obligés de porter l’étoile jaune à partir de l’âge de 6 ans. En avril 1942, la synagogue est pillée et saccagée par de jeunes militants du groupe Collaboration. Une première rafle a lieu le 20 juillet 1942, puis une deuxième le 10 octobre 1942 et, enfin, une troisième le 27 janvier 1944. Au printemps 1944, on ne compte plus à Reims que deux personnes de religion juive. Sur les 256 juifs rémois déportés, seuls 7 sont revenus.
Après la libération de Reims quelques Juifs rémois, qui s'étaient cachés ailleurs en France et avaient pu échapper à l'arrestation, rentrent et se réorganisent, aidés par des militaires américains de confession juive alors présents à Reims. A la fin des années 1940 la synagogue de Reims recense une centaine de pratiquants. Avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie, en 1962, l’effectif des Juifs rémois augmente pour atteindre 650 personnes en 1970, son plus haut niveau depuis la fin du XIXe siècle. D’askhénase, la communauté devient essentiellement sépharade.
Pour aller plus loin :
Serge Ejnès, Histoire des Juifs de Reims pendant la Seconde Guerre mondiale, 1995, Tinqueux.
Romain Dupré, mémoire de Master, La communauté juive de Reims des années 1930 à la fin des années 1940 (en ligne sur Academia).
Le site de Jean-Pierre et Jocelyne Husson, Histoire et Mémoire 51.




