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Le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle


Compostelle, une ville de Galice, au nord-ouest de l’Espagne, devient un lieu de pèlerinage quand, au début du IXe siècle, il est annoncé qu’un ermite y aurait trouvé le tombeau et les ossements de l’apôtre Saint Jacques. 

 

Jacques le Majeur, peinture sur bois de la fin du XVe siècle (Musée des Beaux Arts de Dijon).

Il s’agit ici de Jacques appelé le Majeur pour éviter la confusion avec l’autre apôtre Jacques, appelé, lui, le Mineur. On connaît peu de choses de Jacques le Majeur sinon qu'il aurait été exécuté à Jérusalem en 44, sur ordre du roi de Judée Hérode Agrippa 1er. Quant à sa relation avec l’Espagne, elle apparaît seulement cinq siècles plus tard dans quelques textes qui en font l'évangélisateur du pays. Mais comme aucune source historique ne permet de la confirmer ou d'expliquer comment le corps de l’apôtre, mort à Jérusalem, aurait pu se retrouver en Galice, tout repose sur des récits légendaires créés après coup. Cela dit, du point de vue de l’historien, que les restes qui reposent dans la cathédrale de Compostelle soient ceux de Saint Jacques ou pas importe peu. Ce qui compte, c’est le succès immédiat de ce pèlerinage qui devient l’un des plus importants de la chrétienté médiévale.

Au XIIe siècle, le prestige du pèlerinage se renforce encore avec la construction de la cathédrale et la rédaction du Codex Calixtinus. 

 

La cathédrale de Compostelle commencée en 1075 va connaître plusieurs agrandissements successifs, comme en témoigne son mélange de styles architecturaux (roman, gothique, baroque, plateresque et néoclassique). 

 

Enluminure d'une page du Codex Calixtinus (Bibliothèque de la cathédrale de Compostelle).

Ce codex, attribué faussement à Calixte II, pape de 1119 à 1124, est en réalité une œuvre collective composée au sein de l’école épiscopale de Compostelle. Mêlant légendes pieuses et conseils pratiques aux pèlerins, il vise à les attirer en plus grand nombre sur les routes qui mènent à Compostelle. 

 

Les principales routes de pèlerinage commençaient à Paris, Vézelay, Le Puy et Arles, et chacune d'entre elles comportait un certain nombre de routes secondaires. Ainsi, vers la route de Paris convergeaient des routes provenant d'Angleterre, de Belgique et des Pays-Bas. Le Puy assurait la liaison avec la vallée du Rhône, tandis que les pèlerins venus d'Italie passaient par Arles. Ces quatre voies se rejoignaient toutes à Puente la Reina, en Espagne, puis une route unique, le Camino francès continuait jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle.


Dès le départ les chemins du pèlerinage prennent quasiment autant d’importance que le but ultime qui est le tombeau de l’apôtre. Nombre d’hôtelleries et d’hôpitaux y sont édifiés pour les pèlerins et des confréries voient le jour pour leur venir en aide. 

 

Le pèlerin de Saint Jacques devient une figure incontournable avec ses attributs qui le font reconnaître entre tous : sa cape décorée de coquilles, son chapeau à large bord, sa besace et son bâton de marche, le fameux bourdon, gravure allemande de la fin du XVe siècle (Gallica-BNF).

Les dangers de la route sont nombreux, montagnes et rivières à franchir mais aussi épidémies ou attaques de loup. Un aussi long voyage se prépare longtemps à l’avance car il coûte cher. Comme il est aussi risqué, avant de partir on prend la précaution de mettre ses affaires en ordre et de faire son testament.

Les motivations des pèlerins médiévaux sont classiques, tenir une promesse, espérer une guérison ou la remise de ses fautes. Le pèlerinage à Compostelle permet de bénéficier d’indulgences, la rémission des péchés étant en quelque sorte tarifée en fonction des pratiques de dévotion. Mourir sur les chemins de Compostelle permet même de s’assurer l’indulgence plénière, c’est à dire le pardon de tous ses péchés. A la fin du XIVe siècle, Compostelle prend modèle sur Rome pour instaurer des années jubilaires qui permettent, elles aussi, de gagner une indulgence plénière. Ces années jubilaires correspondent à celles où le 25 juillet, jour de la fête de l’apôtre, tombe un dimanche. Elles reviennent donc 13 fois par siècle alors qu’à Rome ce n'est que tous les 25 ans. Cet "avantage" accroît encore le succès du pèlerinage. 

A partir du XVIe siècle, les choses se compliquent. Pendant les guerres de religion les attaques menées contre les pèlerins par des protestants, qui refusent le culte des saints et des reliques, ne sont pas rares. On voit aussi sur les routes vers Compostelle de plus en plus de faux pèlerins. Ce sont des miséreux qui espèrent recevoir plus facilement l’aumône mais aussi, parfois, des bandits de grand chemin. 

Avec, au XVIIIe siècle, le développement des Lumières, puis, au XIXe siècle celui du rationalisme, le tout dans un contexte de déchristianisation, le pèlerinage, s’il ne tombe pas dans un oubli total, apparaît comme appartenant à une époque révolue. 

 

Affiche de 1920 (Gallica-BNF).
 

 Le général Franco à Compostelle le 25 juillet 1938 (coll.part).

 

Pourtant le pèlerinage de Compostelle n'a pas dit son dernier mot. Au début du XXe siècle il est utilisé en tant que support touristique et, sous le franquisme, il est célébré comme un témoin de la grandeur de l’Espagne. Surtout, à partir du dernier quart du XXe siècle se développe un regain d’intérêt pour le pèlerinage lui-même. Aujourd’hui, le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle est devenu un véritable phénomène de société même s’il s’est profondément transformé. Si l’aspect religieux est toujours présent chez un certain nombre de marcheurs, pour beaucoup c’est moins la visite des reliques de Saint Jacques qui les attire que la marche sur les chemins, épreuve physique et mentale. On part souvent à la suite d’une épreuve personnelle ou d’un changement de vie. Pourtant si le pèlerinage s’est en quelque sorte laïcisé, il n’existe pas de rupture totale entre les marcheurs d’aujourd’hui et les pèlerins du passé. Au Moyen-Age, à côté du but ultime qui est toujours religieux, l'intérêt que présente la marche sur les chemins existe déjà comme le montre les relations de certains pèlerins décrivant les paysages et les localités traversés. Ce qui demeure aussi c’est que les marcheurs d’aujourd’hui reviennent, comme les pèlerins d’autrefois, transformés, même si ce n’est plus forcément dans une dimension religieuse. 

 




 

 

 


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