Tout commence en septembre 1632 quand à Loudun, petite ville du Poitou, mère Jeanne des Anges, la prieure du couvent des Ursulines ainsi qu’une vingtaine d’autres religieuses se mettent à avoir des convulsions, à tenir des propos indécents et blasphématoires et à se dire assaillies par des démons.
Bientôt les sœurs accusent le curé de Saint-Pierre-des-Marchés à Loudun, Urbain Grandier, d’être un agent du diable et de les avoir envoûtées.
Fin novembre 1633 Urbain Grandier est arrêté. Mis à la question, c’est à dire torturé, il finit brûlé en place publique en août 1634. Mais cette exécution n’arrête en rien les troubles des religieuses qui pourtant subissent des exorcismes quasi quotidiens. C’est seulement en 1637 que les crises des religieuses disparaissent soudainement.
Quelles explications peut-on donner à cette affaire qui a défrayé la chronique ? La première, d’ordre psychologique, est celle d’un délire collectif de religieuses cloîtrées dont beaucoup ont été envoyées au couvent sans réelles motivations religieuses. Or, suite à la Contre-Réforme catholique de la fin du XVIe siècle qui a énormément durci les contraintes de la clôture, ces jeunes femmes se retrouvent prises au piège et développent d’intenses frustrations, notamment sexuelles. La preuve en est que, si l’affaire de Loudun est la plus spectaculaire, elle n’est pas la seule à l’époque à toucher un couvent de femmes cloîtrées.
La personnalité des deux principaux protagonistes joue aussi un rôle. La mère Jeanne des Anges, d’origine noble, est une jeune femme instable qui a peut-être voulu se venger car, ayant développé une passion amoureuse pour le curé Grandier, elle ne lui pardonne pas d’avoir refusé de devenir son confesseur. Son comportement après la fin de ses troubles est aussi sujet à caution. Se prétendant sainte, elle parcourt le royaume de France, rencontrant même le roi Louis XIII. Quant à Urbain Grandier, il s’agit d’un ecclésiastique brillant mais aussi d’un homme ambitieux et libertin qui séduit physiquement plusieurs de ses pénitentes. Cependant, ce sulfureux personnage, grisé par son succès, s’est fait aussi beaucoup d’ennemis dont le tout-puissant duc de Richelieu, le premier ministre de Louis XIII. Le cardinal lui reproche de lui avoir fait un affront lors d’une rencontre, mais aussi d’être l’auteur d’une lettre injurieuse à son égard et, surtout, de s’opposer à la destruction des remparts de Loudun qui est une place-forte du protestantisme. Aussi Richelieu va-t-il profiter de l’affaire pour faire arrêter et condamner ce prêtre qui le gêne politiquement.
Enfin, un dernier point peut être noté. Jusque-là les affaires de possessions diaboliques touchaient surtout des campagnards peu éduqués et provoquaient une terrible répression qui n’émouvait guère les élites. Par contre, l’affaire de Loudun, qui concerne une ville et des jeunes femmes nobles, amène les puissants à s’en préoccuper ce qui aboutira quelques décennies plus tard à interdire les condamnations pour "prétendue sorcellerie".

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