| Jules Méline photographié en 1889 (Musée d'Orsay).
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Les médias se font aujourd’hui l’écho des controverses qui opposent les partisans du libre-échange, favorables à la libre circulation des marchandises entre les pays, et les partisans du protectionnisme, désireux de protéger par des barrières douanières les produits nationaux de la concurrence étrangère. Pourtant, ces débats ne sont pas nouveaux comme le montre l’histoire des tarifs Méline dans la France de la fin du XIXe siècle.
Pour comprendre le contexte, il convient de remonter à janvier 1860 quand Napoléon III signe avec la Grande-Bretagne un traité de libre-échange dans la perspective de donner une impulsion décisive à l'économie française. Mais avec l’avènement de la IIIe République en 1870 et, surtout sous la pression de la crise économique qui touche l’Europe à partir de 1873, les industriels et les agriculteurs français sont de plus en plus nombreux à demander à être protégés de la concurrence étrangère par un relèvement des taxes douanières aux frontières. Le mouvement n’est d'ailleurs pas seulement français puisqu’il se retrouve dans tous les grands pays industrialisés, à l’exception du Royaume-Uni. Cependant les partisans du protectionnisme, même s’ils sont majoritaires en France, doivent affronter de puissants adversaires, notamment les économistes libéraux convaincus des bienfaits du libre échange ou certains milieux économiques qui ont tout à gagner à ce dernier. En outre, ils doivent faire front commun ce qui est loin d’être évident car leurs intérêts ne sont pas toujours convergents, en particulier entre agriculteurs et industriels.
Celui qui va réaliser l’union sacrée de tous les protectionnistes est un homme politique, Jules Méline (1838-1925). C’est un républicain modéré, on dirait aujourd’hui un centriste. Député des Vosges, il a déjà défendu les intérêts des industriels cotonniers du département dont les usines, vieillissantes, souffraient de la concurrence étrangère. Devenu ministre de l’agriculture au milieu des années 1880, il augmente les taxes douanières sur certains produits agricoles importés. Surtout, il est la cheville-ouvrière des tarifs douaniers de 1892, appelés souvent tarifs Méline, qui font entrer la France dans le protectionnisme.
Caricature du Don Quichotte, hebdomadaire satirique paru de 1874 à 1893 (coll.part).
Cette augmentation des taxes douanières a bien entendu des raisons économiques mais elle a aussi un objectif politique. Méline a bien compris que, pour consolider la République, il faut l’adhésion des paysans qui, à l’époque, représentent encore la moitié de la population active, et donc une masse considérable d’électeurs. Si on veut leur appui il est hors de question de les laisser sans protection face à la concurrence étrangère.
Le protectionnisme de Méline a été dénoncé, et l’est encore aujourd’hui par les partisans du libre-échange qui l’accusent d’avoir freiné l’économie française. Pourtant, quand on regarde les chiffres les tarifs Méline n’ont, en réalité, pas empêché la France de connaître une hausse de sa croissance économique. En outre, ils sont très modérés par rapport à ceux que mettent en place au même moment l’Allemagne et les États-Unis et qui d'ailleurs, eux non plus, n’ont pas empêché le dynamisme économique de ces deux pays.


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