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La contrebande dans les Ardennes sous l’Ancien Régime.

 

 

Cette contrebande concerne essentiellement le tabac et le sel, deux produits dont l’État royal possède le monopole de la vente et sur lesquels il lève une taxe. Celle-ci n’est d'ailleurs pas perçue par une administration au sens moderne du terme mais par ce que l’on appelle la Ferme Générale qui est une association de financiers privés qui ont acheté au roi le droit de prélever la taxe en lui assurant une certaine somme prévue à l'avance et en gardant le reste pour eux. Les taxés paient donc non seulement ce qui est reversé au roi mais aussi ce que la Ferme juge bon de recevoir comme profit personnel. Dans ces conditions on comprend que la tentation est grande d’y échapper, ce qui alimente une importante contrebande.

 

En ce qui concerne le tabac, les contrebandiers ardennais s’approvisionnent à l’étranger, en particulier dans le pays de Liège, mais aussi dans le Hainaut français qui bénéficie d’une taxe sur le tabac moins élevée. Le trafic semble considérable puisque, en 1720, les autorités de Carignan notent "qu’on ne voit que chariots chargés de tabac et presque tous les bourgeois de la ville en font commerce".


La question du sel est, elle, encore plus sensible que celle du tabac dans la mesure où c’est un produit dont on ne peut pas se passer, en particulier pour la conservation des aliments. En outre, pour accroître ses rentrées d’argent, le pouvoir oblige chaque famille à une consommation minimale qu’elle doit se procurer exclusivement dans des greniers royaux et payer une taxe, la fameuse gabelle, qui est particulièrement injuste dans la mesure où elle varie selon les différentes parties du royaume. 

 

 


 Un grenier à sel au XVIIIe siècle, anonyme (Musée National des Douanes, Bordeaux).

 

 


Carte des Gabelles en 1781 (Gallica-BNF).

 

Dans son ensemble la Champagne est une province dite "de grande gabelle" où le sel, qui vient des marais-salants de Brouage dans l’actuel département de la Charente-Maritime, est très fortement taxé. Dans les Ardennes, il existe cependant quelques exceptions. L’ancienne principauté indépendante de Sedan est exemptée de la taxe. Le Rethélois, lui, bénéficie du privilège du franc-salé qui fait que le sel y est trois fois moins cher qu’ailleurs. En outre le fait que les Ardennes soient proches de la Lorraine où existent des mines de sel y favorise d'autant plus la contrebande. Les contrebandiers sont le plus souvent des individus dont c’est l’activité principale mais on en trouve aussi dont c’est une activité annexe, par exemple des militaires dont les déplacements leur permettent de se ravitailler en sel et en tabac dans des régions où les taxes sont plus faibles.

 

Mais la contrebande est une activité risquée. Sur le terrain les opérations de contrôle sont menées par des brigades de 5 à 10 hommes, les fameux gabelous, de très mauvaise réputation dans la population qui, parfois, n’hésite pas prendre contre eux le parti des contrebandiers. Même s’ils sont organisés sur un mode quasi militaire, ce ne sont ni des soldats ni des gendarmes, mais des employés de la Ferme Générale. Ils ne portent pas systématiquement un uniforme mais ont toujours un baudrier aux armes du roi qui atteste qu’ils sont assermentés. Leurs pouvoirs sont exorbitants ; ils peuvent quand ils le veulent fouiller maisons et personnes à la recherche du sel illégal, le « faux-sel » comme on dit alors. Ils le repèrent souvent à sa couleur puisque  celui vendu en Champagne, venant de marais-salant, est gris alors que celui venu de Lorraine, extrait des mines, est blanc. Pour les faux-sauniers arrêtés, les peines sont très lourdes : châtiments corporels, fortes amendes, condamnations aux galères. La gabelle est sûrement l’impôt le plus honni des Français et ne sera pas pour rien dans le déclenchement de la Révolution.



Une intervention d'une brigade de la Ferme Générale, illustration d'un livre d'Histoire du début du XXe siècle (Ernest Lavisse, Histoire de France, Cours élémentaire, Armand-Colin éditeur).



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