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De la place de de la Couture à la place d’Erlon

 


La première mention de la Couture figure dans une charte de 1183 de l’archevêque Guillaume aux Blanches Mains. Celui-ci, désireux de développer sa ville, décide de lotir des terrains qui portent des cultures maraîchères (d'où le nom de couture, c'est à dire culture en ancien français) au sud de la cathédrale. Il accorde nombre de facilités à ceux qui voudraient  s'y installer et, rapidement, tout un monde de charpentiers, de charrons et de tonneliers vient y habiter. Un nouveau quartier se développe qui se dote de son église, l’église Saint Jacques. Au centre de ce quartier est édifiée une vaste place conçue pour les foires. Elle est suffisamment large pour pouvoir abriter des étaux pour les commerçants et les habitants reçoivent le droit de construire devant leur maison des loges, c'est à dire des portions de galeries s’ouvrant largement sur le dehors. L'archevêque y transfère la foire de Pâques qui se tenait jusque-là dans un champ, à la périphérie de Reims, près de la maison des lépreux.

 


 Extrait du plan de Reims de 1618 (Bibliothèque municipale de Reims).

La Couture où se fait la foire abrite la plus grande foire de Reims qui se tient durant huit jours à partir du jeudi suivant Pâques.  Là se trouve aussi le marché du bois ainsi que les métiers qui utilisent ce matériau comme les tonneliers et les charpentiers. Le marché au vin se tient, lui, dans une rue perpendiculaire, la rue de l'Etape. 

 

 


 Scène de foire dans une ville au début du XVe siècle (BNF-Gallica).
 
Les foires de Reims n’ont jamais eu l'importance de celles de la Champagne méridionale comme Provins, Lagny, Troyes ou Bar-sur-Aube. On y vend essentiellement des produits textiles et alimentaires locaux et les marchands viennent de villes  relativement proches comme Amiens, Abbeville, Tournai ou Lille. A côté de leur rôle commercial, les foires présentent aussi un aspect festif. En 1599 le maître-charpentier Jean Pussot, qui  habite par ailleurs le quartier de la Couture, note dans son Journal "qu’il y avait à Reims, lors de la foire de Pâques, plus grande presse à voir jouer les comédiens, baladins, sauteurs et joueurs de passe-passe qu’à écouter sermons et audition de la parole de Dieu". 

 

 

 

 Bateleurs sur une estrade, estampe (BNF-Gallica).

 

La sécurité pendant les foires est une grande préoccupation échevins, en particulier les risques d’incendie contre lesquels ils prescrivent aux habitants de conserver chez eux des récipients remplis d’eau et de surveiller constamment cheminées, chandelles et bougies. 

 

La place de la Couture est aussi le lieu des grands évènements rémois.

 


Feu d'artifice tiré place de la Couture à l'occasion de l'inauguration de la place Royale, le 26 août 1765, gravure par les frères Varin (BNF-Gallica). 

Le 1er septembre 1789, la garde nationale y jure "d’être fidèle à la Nation et au roi, de servir loyalement pour la défense des citoyens et contre les perturbateurs du repos public". Enfin, elle est pendant longtemps le lieu des exécutions publiques comme, en 1796, celle de Jeanne Delozanne, dite "la Grande Jeannette", responsable avec ses complices de l’assassinat de sept personnes. Sous la Terreur, la guillotine y  fonctionne à quatre reprises.


Au milieu du XIXe siècle, la place de la Couture devient la place d'Erlon, prenant le nom de ce Rémois, né en 1765, fils de serrurier, simple soldat devenu maréchal d’Empire puis Gouverneur de l’Algérie et décédé en 1844. Pour lui rendre hommage une statue est érigée et inaugurée le 29 octobre 1849.

 


 
Oeuvre  du sculpteur rémois, Louis Rochet, la statue est installée au niveau de la rue de Chastivelle. En bronze, elle mesure 10 mètres de hauteur. En septembre 1903, elle est déplacée sur le rond-point  situé à l'intersection des  boulevards Gerbert (aujourd'hui Henri Vasnier) et Victor Hugo (Archives départementales de la Marne).

 

 

 

On aperçoit sur cette photo la statue du maréchal Drouet d'Erlon et, au fond, la gare construite deux ans auparavant, en 1858. Au-delà ce sont des champs qui ne vont pas tarder à laisser place aux usines et maisons ouvrières du faubourg de Laon (Archives municipales de Reims).

Le 15 juillet 1906 est inaugurée en présence de Léon Bourgeois, ministre des Affaires étrangères et sénateur de la Marne, une fontaine monumentale financée par les 200 000 francs qu'un riche négociant rémois, Gustave Subé, avait prévus à cet effet dans son testament.

 

 

La pose de la première pierre le 23 mai 1905 (Bibliothèque municipale de Reims).


     Œuvre d’André Narjoux, le monument de 17 mètres de hauteur est en pierre de Corgoloin (Côte d'Or). Au sommet se trouve une Victoire ailée en bronze du sculpteur Paul Gascq que les Allemands démonteront en 1942 pour en récupérer le métal. Une réplique agrandie, en résine dorée, a été mise en place en décembre 1989. Si, en raison du faible débit des sources rémoises, la a fontaine n'a longtemps que très peu fonctionné, il n'en est plus de même aujourd'hui avec la mise en place d’un circuit fermé pour l'alimenter en eau (Archives municipales de Reims).




La place d'Erlon un jour de fête en 1908 (Archives municipales de Reims).


Au lendemain du premier conflit mondial, la place d'Erlon est en ruines. Seule la fontaine Subé est quasiment intacte, photo de 1919, agence Roll (BNF-Gallica). 



 


 La place au début de sa reconstruction, photographie de 1923 (Archives municipales de Reims).


   
 
La reconstruction achevée, la place d'Erlon ne change guère d'aspect pendant plusieurs décennies.

 

  La place à  la fin des années 1930 ; la Victoire ailée de la fontaine Subé est toujours en place (Archives municipales de Reims).


 La place vers 1960 ; la Victoire ailée de la fontaine Subé a disparu (Archives municipales de Reims).

 

 

La place d'Erlon de nos jours avec, bien visible, la réplique en résine dorée de la Victoire ailée (coll.part).
 
De novembre 1991 à décembre 1993 la place est totalement réaménagée. Devenue piétonne et dotée d’un parking souterrain, elle demeure un des lieux les plus fréquentés de Reims.