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Un monument rémois aujourd’hui disparu, l’abbaye Saint-Nicaise.

  


Au départ on a l’église que le Maître des milices et consul, Jovin, fait édifier dans le faubourg Saint-Remi vers 370 pour recevoir sa sépulture.  

 

 
Au moment de la démolition de l'église abbatiale de Saint-Nicaise à partir de 1796 le sarcophage de Jovin a été transporté à la cathédrale. Il est aujourd'hui conservé au Musée Saint-Remi (photo Musées de Reims).
 

Par la suite, cette église prend le nom de Saint-Agricole et après qu'on y ait inhumé en 407 l’évêque Nicaise, martyrisé par les Vandales, celui de Saint-Nicaise. En 1066 l'archevêque Gervais y installe une communauté de moines bénédictins pour l’entretenir et accueillir les pèlerins venus se recueillir sur la tombe du saint. Les débuts de l'abbaye sont assez difficiles mais elle connaît ensuite un fort développement et au XIIIe siècle, elle se trouve à son apogée. Cependant sa puissance est bien moindre que celle de sa voisine et rivale, l’abbaye Saint-Remi, bénédictine elle aussi.

 


 Au premier plan, l'abbaye de Saint-Remi et, au-dessus, celle de Saint-Nicaise, gravure tirée de la Metropolis Remensis Historia de Dom Marlot, XVIIe siècle (coll.part).
 

A son apogée, Saint-Nicaise ne compte au maximum qu’une cinquantaine de moines, alors que Saint-Remi en abrite quatre fois plus. Saint-Nicaise est aussi une puissance seigneuriale puisqu’elle est à la tête d’un ban, c’est à dire d’un territoire sur lequel elle exerce l’autorité judiciaire et fiscale, mais ce ban se réduit aux quelques maisons qui entourent l’abbaye, bien loin derrière le ban de Saint-Remi et surtout le ban de l’archevêque qui, lui, concerne presque les deux-tiers de Reims.


Cependant, les bénédictins de Saint-Nicaise, grâce à leur gestion avisée, réussissent à financer, pour remplacer leur vieille église décrépite, la construction d'une splendide église abbatiale. Commencée en 1231, elle est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique flamboyante et souvent comparée à la Sainte-Chapelle de Paris. Ses architectes sont d'abord  Hugues Libergier qui y travaille jusqu'à sa mort en 1263, puis, à partir de cette date, Robert de Coucy, l'un des architectes de la cathédrale.

 


Pierre tombale de Hugues Libergier, cathédrale de Reims (coll.part).






"l'excelent frontispice de l'église de l'abbaye de Sainct Nicaise de Reims", gravure de N. De Son, 1625 (BNF-Gallica).

Malheureusement, à partir du XVIe siècle, l’abbaye Saint-Nicaise va connaître un déclin continu. En 1643, les revenus et tous les droits de l'abbaye sont mis en commende de la Sainte-Chapelle de Paris, ce qui fait qu'elle n'a plus d’abbé en propre. A la veille de la Révolution, l’abbaye abrite seulement une quinzaine de religieux.

 

 
 
 
Au XVIIe siècle, Saint-Nicaise accueille, comme Saint-Remi, des bénédictins de la congrégation de Saint Maur, fondée en 1618. Cette installation s'accompagne de la construction de nouveaux bâtiments monastiques visibles sur la gravure de 1675 (BNF-Gallica) et sur le tableau qui s'en inspire (Musées de Reims).

 

En 1791 les congrégations religieuses sont supprimées et leurs possessions vendues comme biens nationaux. Encore une fois la rivalité avec Saint Remi se manifeste mais cette fois elle est fatale à Saint-Nicaise. En effet, en 1791, on décide, pour des raisons financières, qu’un seul des deux bâtiments serait conservé et c’est Saint-Remi qui est choisi. Quelques années plus tard, sous le Directoire, le gouvernement vend Saint-Nicaise pour deux millions de francs. L’acheteur, un entrepreneur parisien, la transforme en carrière de pierres et la destruction de l’Abbaye est achevée en 1819.

 

 

 

dessins de Pierre Ledu, montrant l'état de l'église abbatiale vers 1803 (Musées de Reims).


 

Destruction imaginaire de l'abbaye Saint-Nicaise, tableau du XVIIe siècle, auteur anonyme. Le tableau a été  réalisé un siècle avant la destruction réelle de l'abbaye mais, par une ironie de l'histoire, il donne une idée de ce que devait être le monument au tout début du XIXe siècle (musées de Reims).


Aujourd’hui l’emplacement même de l’abbaye est propriété de la maison de champagne Taittinger. On peut y voir un retour aux sources puisque, du temps de sa prospérité, Saint-Nicaise s’était toujours intéressée à la vigne et au vin. Elle possédait de nombreuses pièces de vigne au flanc de la montagne de Reims. Mais comme le vin produit à l’époque se conservait mal, les moines, pour améliorer les choses avaient aménagé en caves les crayères creusées pour en extraire la pierre nécessaire à la construction de l'abbaye.



Les crayères Taittinger aujourd'hui (site de la maison de champagne).

 

Le "pilier tremblant" de Saint-Nicaise

Il s'agissait en fait d'un un arc-boutant côté sud qui oscillait à chaque fois que l’on mettait en branle une cloche précise. De nombreux savants, mais aussi des personnalités célèbres, sont venus contempler le phénomène et parmi eux, en 1717, le Tsar Pierre le Grand. Ce n'est que par la suite que l'on a pu expliquer le mouvement du pilier, et cela quand on s'est  aperçu de l'absence de crochets de fer et de plomb pour le scellement entre les pierres des trois premiers arcs-boutants. On y remédia et le phénomène ne se reproduisit plus.