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Printemps 1806, l’élite rémoise s’initie à la mnémonique.

 

Le début du XIXe siècle connaît un véritable engouement pour les techniques de mémorisation, ces mnémotechnies (ou mnémotechniques) que le Grand Larousse du XIXe siècle définit comme l’art de faciliter par des moyens artificiels les opérations de la mémoire. Reims ne fait pas exception à cet engouement comme le montre le succès du cours donné au printemps 1806 par un certain François Guivard, "professeur et unique délégué de M. de Feinaigle, inventeur de la nouvelle méthode de mnémonique ou l’art d’aider et de fixer la mémoire dans tous les genres d’études et de sciences".

 (Archives municipales et communautaires de Reims, cours de mnémonique de François Guivard).

 



 Grégoire de Fainaigle 


Grégoire de Feinaigle est l'un des auteurs de mnémotechnies les plus célèbres du début du XIXe siècle. Né en 1760 en Allemagne dans le pays de Bade, il est d’abord moine au monastère cistercien de Salem, au bord du lac de Constance. En 1803, il quitte son monastère et se fait professeur itinérant de mnémotechnique. Il a mis au point une méthode, la mnémonique, que son disciple, François Guivard vante longuement :

 

"la dite méthode est tellement simple et facile que 15 leçons sont reconnues suffisantes pour en avoir la connaissance la plus parfaite. Elle convient aux personnes de tout sexe, de tout âge, qui même seraient peu favorisées de la mémoire. Ses résultats sont de pouvoir classer et fixer dans l’esprit, dune manière sûre et durable, toutes les choses dont il sera utile ou agréable de se ressouvenir afin de se les rappeler avec ordre et à volonté toutes les fois qu’on le désirera, même les objets reconnus impossibles à retenir par le secours de la mémoire naturelle la plus heureuse et la mieux exercée" (Archives municipales et communautaires de Reims).


Grégoire de Fenaigle reprend en fait le système du code chiffre-lettre, inventé au XVIIe siècle par le mathématicien et astronome français Pierre Hérigone et qui consiste à remplacer les chiffres par des lettres, ce qui permet de transformer en mots ou pseudo-mots des nombres complexes à mémoriser. Mais Grégoire de Fénaigle y ajoute une nouveauté, la table de rappel, où figurent une série d’emblèmes correspondant à des mots-clés. La mémorisation repose sur le souvenir visuel de la case en question. L’utilisation de la table se fait en deux temps. Il faut d’abord l’apprendre par cœur puis, ensuite, apprendre chaque mot de la liste que l’on veut mémoriser en liaison avec les mots-clés. La maîtrise de la méthode permet au mnémoniste qui se produit en public de réaliser des démonstrations spectaculaires.

 

 




  (Gallica-BNF).

Le cours de mnémonique de François Guivard est payant et donne lieu à une véritable opération commerciale. Son coût, 60 francs pour 15 leçons d’une heure chacune, est conséquent puisqu’il représente de un à deux mois d’un salaire ouvrier. Logeant à l’Hôtel du Moulinet, en face de la cathédrale, François Guivard mène rondement son affaire entre la fin du mois de mars et la mi-avril 1806. Il fait imprimer des affiches qui sont placardées sur les murs de la ville. Pour plus d’efficacité et aussi rassurer ceux, nombreux, qui estiment que les professeurs de mnémotechnies ne sont ni plus ni moins que des charlatans, il sollicite et obtient l’appui du maire de Reims, Jacques Tronsson- Lecomte. Ainsi, les 60 francs versés par chaque souscripteur le sont au secrétariat de la mairie où ils restent en dépôt jusqu’à la fin des cours. De même, c’est dans la grande salle de l’Hôtel de Ville qu’est organisé le jeudi 27 mars 1806 un « exercice public et gratuit pour écarter tous les doutes et mettre le public à même de juger et de comparer les effets de ladite méthode [de M. de Fenaigle] avec ceux de la méthode naturelle ».


L’exercice met en scène François Guivard et quelques élèves, qu’il a choisis dans les écoles primaires rémoises et auxquels il a donné seulement trois leçons de mnémonique. L’exercice est destiné à faire impression sur le public, un peu comme les tours de force que l’on peut voir dans les foires :


"Géographie : le petit Romagny, âgé de 8 ans, répétera dans tel ordre que l’on voudra, le tableau géographique du monde. Chronologie : le petit Dolé, âgé de 13 ans, répétera dans tel ordre que l’on voudra la suite des rois de France. Botanique : le petit Labege, âgé de 10 ans, répétera toutes les classes du système sexuel de Linné. Histoire universelle : les principaux évènements des IVe, Ve, VIe et VIIe siècles après Jésus-Christ seront répétés par le petit Romagny. Tous les numéros sortis dans les 36 tirages qui ont eu lieu à la Loterie de Paris en l’an XII seront répétés par le professeur dans tel ordre que l’on voudra, avec les dates du mois, du tirage et de l’ordre de sortie de chacun des numéros. L’assemblée sera invitée à dicter une suite de mots au professeur qui les répétera dans tel ordre que l’on voudra, presque aussitôt après la dictée. L’assemblée sera pareillement invitée à dicter une série de chiffres. Le professeur les répétera presque aussitôt après l’exercice et dans tel ordre que l’on voudra".


Par ailleurs, pour mieux rentabiliser son séjour à Reims, François Guivard fait aussi connaître que "s’il pourrait que des dames et des demoiselles auxquelles cet art est aussi utile qu’aux hommes fussent dans l’intention de suivre un cours, ledit professeur se fera un devoir de se transporter au domicile des personnes chez lesquelles pourront se réunir, à l’heure qui sera convenue, un nombre suffisant d’élèves pour qu’il puisse y donner un cours. Il se transportera de même dans les établissements publics et particuliers [c’est à dire privés dans le langage de l’époque] pensionnats des deux sexes où on lui fera l’honneur de l’appeler".


Au total, 38 Rémois vont débourser 60 francs chacun pour suivre les leçons qui se déroulent du 29 mars au 17 avril 1806.  

 

A savoir, Messieurs

Jacques-Nicolas Pierret, officier de santé.

Jacques Tronsson-Lecomte, maire de Reims.

Casimir de Maizon, rue de Sedan.

M. Vincent, négociant, rue de l’Arbalète.

Jean-Baptiste Duquenelle, chirurgien, rue de la Huchette.

Louis Dubourget, prêtre habitué (c’est à dire aumônier) de l’Hôtel-Dieu.

Jean-Claude Navier, docteur en médecine.

Charles Marie Simon, élève en chirurgie.

Olivier Jobert, rue de la Buchette.

Guillaume Lucas, négociant, rue de la Buchette.

Isidore Lucas, négociant, rue Grosse Bouteille.

Paul-Nicolas Barbier, charpentier, rue Neuve.

Charles-Henri Leleu, adjoint à la mairie.

Jean-Jacques-Joseph Havé, fils, rue de l’Echauderie.

Jean-Louis Gonet, épicier, rue de Mars.

Emmanuel Polonceau, professeur au lycée.

Julien Oudin, rue Saint-Symphorien.

Louis Assy fils, rue du Barbâtre.

Jean-Baptiste Ponsardin fils, rue de Vesle.

Gérard Alexandre Demanche, médecin, rue de Berru.

Assy-Prevoteau, adjoint à la mairie.

Antoine Auger-Lefebvre, rue de Gueux.

Louis-Henry-Benjamin Dehlagaz, rue de Gueux.

Perin Lensamme fils, rue de la Visitation.

Assy-Olivier, négociant, marché à la laine.

André Andrès, négociant, rue de la Perrière.

Eloi-François-Clément Renard fils, rue de la Perrière.

Eugène Delanlaye, école secondaire, rue Saint-Denis.

Louis-Alexandre Bourgeois-Dassonville, école secondaire, rue Saint-Denis.

Nicaise Langlet, médecin, rue Neuve.

Fourneaux, négociant, rue de Cérès.

Charles Dehaufrey, rue de la Vignette.

L Liénart-Lettinois fils, rue Saint-Denis.

Liénart-Garvey, négociant, rue Doquan.

Louis Dessain, rue de l’Ecossais.

Fourneaux fils, rue de Cérès.

Delamotte-Barrachin, négociant, rue du Cloître.

Curmey, receveur des Droits réunis (c’est à dire percepteur), rue de la Couture.

 

   On est frappé par l’importante présence dans cette liste de l’élite rémoise, politique (le maire et deux adjoints), économique qu’il s’agisse de la laine (Ponsardin-fils, Assy-Villain, Assy-Prevoteau) ou du champagne (Delamotte-Barrachin) et enfin savante (en particulier médicale). A cela il y a évidemment des explications concrètes : une aisance financière qui permet de débourser une somme conséquente, un certain niveau d’étude et de culture. Mais le fait que des personnalités importantes consacrent du temps à ces cours sont révélatrices à la fois de l’engouement de l’époque pour les techniques de mémorisation et de la renommée de Grégoire de Feinaigle. D’ailleurs, quand le maire de Reims, le17 avril 1806, donne au secrétaire de mairie, Louis Tauxier, l’autorisation de à remettre à M Guivard la somme de 2 280 francs correspondant aux 38 souscriptions, il précise que « le cours de mnémonique se trouve fini à la satisfaction des souscripteurs ».  

  De fait, dans un premier temps, le public s’enthousiasme pour la mnémonique comme le montre, toujours en 1806, le succès qu’elle remporte à Paris. Là, capitale oblige, c’est Grégoire de Feinaigle lui-même qui donne une série de cours en novembre. Le décalage de quelques mois avec Reims est peut-être dû aux difficultés qu’il a rencontrées pour obtenir l’appui des autorités, ici le préfet de la Seine, qu’il sollicite en vain pendant plus de 6 mois. Finalement le préfet se résout à demander à Monsieur Blanc, "ancien professeur de Philosophie et de Belles-Lettres, inventeur de l’okygraphie, méthode couronnée par le jury de l’instruction publique" de tester la méthode de Grégoire de Feinaigle. 

 

 

 Il s’agit d’Honoré Blanc (1766-1834) qui a publié en 1801 l’Okygraphie, ou "l'Art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les exprime" et qui est une sorte de méthode de sténographie (Gallica-BNF). 

  Le rapport très favorable qui s’en suit, ainsi que celui du maire du 7e arrondissement qui a organisé dans sa mairie une démonstration menée par Grégoire de Feinaigle et François Guivard, amènent finalement le préfet à apporter son soutien à Grégoire de Feinaigle.  Mais l’enthousiasme du début retombe vite car le système de Feinaigle, s’il est assez astucieux du point de vue des mécanismes de la mémoire tels que la science d’aujourd’hui les explique, est complexe et ne présente pas vraiment dans la vie réelle l’utilité dont son créateur le crédite, ce qui entraîne rapidement beaucoup de déceptions chez ceux qui tentent de s’y initier. Le côté singulier, voire bizarre, de certains de ses aspects, ne tarde pas aussi à attiser les moqueries. 

 

 


 

Texte en ligne sur Google-Books.


 

 

 

  

 

 

  Dès 1807 de Fénaigle  est le sujet d’un vaudeville, Les filles de Mémoire ou le mnémoniste dans lequel il est ouvertement ridiculisé à travers le personnage de FinMerle.

 

  Plusieurs chansons raillent aussi le mnémoniste comme, entre autres, Le marchand d’oubli qui figure dans le chansonnier de la Grande Armée, paru en 1809 et disponible en ligne sur Gallica-BNF).  

   Ces difficultés amènent Grégoire de Feinaigle à quitter la France pour le Royaume- Uni où il continue ses conférences. Finalement, en 1813, il se fixe en Irlande, à Dublin où il ouvre une école. Il décède en 1819.


Le cours de mnémonique donné à Reims en 1806 est emblématique du succès des méthodes de mnémotechnies, en ce début du XIXe, auprès du public cultivé mais aussi de leurs limites. Il ne faut cependant pas oublier que si à l’époque on attendait probablement trop de ces méthodes, les procédés mnémotechniques sont encore largement utilisés de nos jours avec une réelle efficacité.



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