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Un Ardennais à l'origine de la Sorbonne

 

"Vénérable et scientifique, Messire Robert de Sorbon", estampe du XVIIe siècle (Gallica-BNF).


Robert de Sorbon naît le 19 octobre 1201 à Sorbon, petit village ardennais situé près de Rethel. Il est fils de « vilain », c’est-à-dire de paysan dans le langage de l’époque. Jeune homme doué il s’oriente vers le clergé, qui est quasiment la seule voie de promotion à l’époque pour les enfants tels que lui. Il semble qu’il ait fait ses études primaires dans une école monastique à Rethel puis, ensuite, à Reims. Arrivé à Paris, sans doute en 1215, il suit les cours de l’Université, de création toute récente. En effet, longtemps Paris n’a disposé que d’une école cathédrale où étaient enseignés le latin, la logique et l’Écriture  sainte. Mais cette école n’était en rien plus réputée que celles d’autres villes comme Orléans, Chartres, Laon ou Reims. Cette situation change après 1150. De nouvelles écoles sont fondées à Paris, dans ce qui est aujourd’hui le quartier latin. Elles se regroupent en quatre facultés, Arts libéraux, Médecine, Droit canon et Théologie. L’Université de Paris compte dans la première moitié du XIIIe siècle plusieurs centaines de maîtres et plusieurs milliers d’étudiants. Elle dépasse alors définitivement les autres universités du royaume. 

De 1216 à 1220, Robert de Sorbon suit à la faculté des Arts libéraux le trivium et le quadrivium qui correspondent un peu à notre enseignement secondaire puis Il effectue ensuite le long parcours qui en fait un docteur en théologie. Par ailleurs, il est ordonné prêtre et devient en 1250 chanoine de Cambrai, puis en 1258 chanoine de Paris et chapelain du roi Louis IX (Saint Louis) Robert de Sorbon est dorénavant un notable, un professeur respecté à qui charges et pensions royales assurent une grande aisance financière. Cette belle réussite, le petit paysan du village de Sorbon la doit à ses capacités mais aussi à l’Université.

Robert de Sorbon a laissé peu d'œuvres littéraires : une douzaine de traités de spiritualité, de morale, et des sermons. Ses œuvres ne peuvent guère être comparés à celles de ses prestigieux collègues qui enseignent aussi à l’université de Paris, comme le théologien allemand Albert le Grand ou le théologien italien Thomas d’Aquin. En fait, c’est par la fondation d’un collège que Robert de Sorbon va se distinguer. Au XIIIe siècle, ce que l’on appelle collège est une sorte de pension mais pas un lieu d’enseignement. Les étudiants y logent, y mangent mais n’y suivent pas leurs cours qui se déroulent à l’Université. Le collège fondé par Robert de Sorbon n’est pas l’unique collège de l’Université de Paris mais il se distingue des autres par deux particularités qui vont en faire une pièce essentielle de l’université parisienne et lui donner son nom, la Sorbonne.

La première de ces particularités est le souci qu’a Robert de Sorbon, se souvenant du milieu dont il est issu, d’accueillir des étudiants pauvres à qui il fournira, outre des bourses, le logement et le couvert gratuits. Pour cela, il acquiert en 1255 une maison située dans la rue Coupe-Gueule, sur la Montagne Sainte-Geneviève (future rue de la Sorbonne). La seconde particularité du collège de Sorbon est d’avoir bénéficié de l’aide du roi Louis IX qui lui accorde sa protection et multiplie les dons. C’est ce soutien royal qui distingue la Sorbonne des autres collèges, assurant à l’établissement une sécurité et une renommée exceptionnelles. Les étudiants en théologie qui bénéficient de ces avantages sont, à l’époque de Robert de Sorbon, peu nombreux, 20 ou 30 semble-t-il. Mais il existe aussi des hôtes payants, c’est-à-dire des étudiants fortunés, qui sont admis à utiliser la bibliothèque du collège qui est une des plus belles de l’occident médiéval. L’esprit du collège de Sorbon est résumé dans sa devise latine "Vivere socialiter et collegialiter et moraliter et scholariter", c’est-à-dire égalité, collégialité, moralité et études. Robert de Sorbon meurt le 15 août 1274.

 

 Le Collège de Sorbon au milieu du XVIe siècle (Musée national de l'éducation, Rouen).

A la Renaissance, le collège de Sorbon devient un véritable lieu d'enseignement et non plus seulement de résidence. En même temps, l'usage se généralise de donner le nom de Sorbonne à l’ensemble de la faculté de théologie de Paris même si un tiers seulement des théologiens formés dans la capitale appartiennent à ce collège. En 1469, le bibliothécaire du roi Louis XI, Guillaume Fichet, y fait installer la première imprimerie recensée en France.

 

 

La Sorbonne de Richelieu, estampe du milieu du XVIIe siècle (Gallica-BNF).

 

En 1622, Richelieu, premier ministre de Louis XIII, décide de faire reconstruire les bâtiments de la Sorbonne. Les travaux, sous la direction de l'architecte Jacques Lemercier qui a conçu un nouveau collège s’organisant autour d’une grande cour flanquée sur l’un de ses côtés d’une chapelle, durent de 1627 à 1642. 

 

 La cour d'honneur de la Sorbonne aujourd'hui (coll.part).

 

  Les bâtiments actuels ont été édifiés entre 1885 et 1901 sur les plans de l'architecte Henri-Paul Nénot qui n'a conservé du collège du XVIIe siècle que la chapelle.  

 


 

Monument commémoratif dans l’église Saint-Benoît de Sorbon. Financé par souscription, il est inauguré le 8 octobre 1888 sous la présidence de Monseigneur Langénieux, archevêque de Reims (Patrimoine, région Grand-Est).

 

 


A Reims, la nouvelle bibliothèque universitaire qui a ouvert ses portes à la rentrée 2006 porte le nom de Robert de Sorbon (coll.part).


 






 

 



 


 







 


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