Accéder au contenu principal

Histoire du café

 

 

 

 

 



Rameau de caféier arabica avec quelques grains de café, Planche photographique, 1929 (Gallica-BNF).

 



Le café provient des fruits issus d’un arbuste, le caféier. Il en existe plusieurs variétés mais la seule cultivée jusqu’au début du XXe siècle est l’arabica. Le point de départ du caféier arabica se situe sur les hauts-plateaux éthiopiens, donc à des altitudes relativement élevées. Les Éthiopiens en consommaient depuis longtemps les fruits, considérés comme une plante médicinale, mais ils le faisaient sous forme de galette et non pas sous celle d’une boisson. Le café-boisson naît en fait au XVe siècle dans la péninsule arabique, et plus précisément au Yémen où le caféier éthiopien a été introduit et où sa culture va se développer. Ce sont les Yéménites qui ont probablement inventé la recette du café-boisson en grillant des graines de caféier avant de les réduire en poudre puis de les plonger dans de l’eau chaude. C’est l’ancêtre de ce qui deviendra le "café turc", c’est à dire une décoction de poudre de café non filtrée et dont le marc reste au fond de la tasse. Grâce aux pèlerins musulmans, qui apprécient d’autant plus le pouvoir stimulant de ce type de café que l’alcool leur est interdit, la nouvelle boisson arrive à la Mecque. Dès lors, sa progression dans le monde musulman est continue.   

 


 Consommateur de café à Istanbul, détail d'une estampe française du milieu du XIXe siècle (Gallica-BNF).

 

Vers 1550 les premiers cafés, cette fois entendus au sens d’établissements où l’on peut consommer la boisson, ouvrent à Istanbul, la capitale de l’Empire ottoman. Leur succès est immédiat. Les gens s’y pressent, du moins les hommes car, religion musulmane oblige, les femmes ne sont pas autorisées à les fréquenter. En 1615, des commerçants vénitiens apportent les premiers sacs de graines de café en Italie où de premiers cafés sont ouverts. En 1644, un commerçant marseillais en fait venir d’Égypte et ouvre un café  dans la ville. En 1669, l’ambassadeur de Turquie fait goûter le café à Louis XIV et à sa cour. Le succès est garanti dans une période où les « turqueries » sont à la mode. En 1683, lorsque les Turcs doivent mettre fin au siège de Vienne en Autriche, ils laissent derrière eux 500 sacs de graines de café. Un commerçant viennois entreprend alors de les torréfier et ouvre le premier café autrichien. Ce sont d’ailleurs les Autrichiens qui, parce qu’ils n’aiment guère la texture du café à la Turque, ont l’idée de le filtrer pour en retenir le marc. Mais si le café est déjà un produit courant dans le monde musulman, ce n’est pas encore le cas en Europe où son prix demeure très élevé à cause du monopole de production toujours possédé par le Yémen.


Cependant, à partir de 1700, l’Europe va pouvoir accéder aux fruits du caféier en plus grande quantité et à un prix moins prohibitif. La Compagnie hollandaise des Indes réussit à se procurer quelques plants de café yéménites et les introduits dans sa colonie de l’île de Java, en Indonésie. En 1706, un plant est ramené de Java à Amsterdam comme curiosité botanique, multiplié, puis donné aux différents jardins botaniques européens. Cet épisode marque la fin du monopole du Yémen dans la production des grains de café. Les pays européens qui possèdent des colonies situées aux latitudes tropicales, les seules où les caféiers peuvent pousser correctement, vont y introduire ces plants donnés par les Hollandais. Se met ainsi en place une sorte de ceinture du café comprenant l’Amérique centrale (Mexique, Guatemala, Nicaragua, Honduras), l’Amérique du sud (Colombie, Brésil, Équateur, Pérou) et l’Indonésie. 

 



 

Esclaves au travail dans une plantation de café de l'Île Bourbon, début du XIXe siècle (Musée national de l'histoire de l'immigration).

 

Quant aux Français, ils introduisent des plants de caféiers à l’île Bourbon (actuelle île de la Réunion), en Martinique et en Guadeloupe.


 Estampe de 1779 (Gallica-BNF).


Dans ces conditions, le café devient moins cher en Europe et les lieux dédiés à sa consommation, appelés d’abord maisons de café puis simplement cafés, se multiplient. Ils deviennent rapidement des lieux de sociabilité, car le café étant considérés comme une boisson stimulante pour l’esprit, les lieux où on le consomme sont très appréciés par les intellectuels, notamment les philosophes des Lumières. 

 

 

Le Procope, photographie de 1900 (Gallica-BNF).


En 1689, Francesco Procopio, un italien natif de Palerme, ouvre à Paris un café auquel il donne son nom, le Procope. Ce café existe encore aujourd’hui et se trouve donc être le plus ancien café de France même si depuis le début du XXe siècle il est aussi un restaurant.

 

Au XIXe siècle le café commence à devenir accessible aux classes populaires et la tasse de café du matin va progressivement remplacer la soupe que l’on prenait jusque-là. Le café étant considéré comme un stimulant qui n’a pas les effets délétères de l’alcool, le patronat encourage sa consommation dans la classe ouvrière. 

 

 


Paul Cézanne, Les joueurs de cartes, (Musée d'Orsay).


En même temps, si au XVIIIe siècle les établissements appelés cafés ne vendaient que cette boisson et se distinguaient des cabarets où l’on vendait du vin et de la bière, à partir du XIXe siècle le mot va progressivement désigner tout établissement qui vend des boisons de toutes sortes, y compris des boissons alcoolisées.

 

 

À la fin du XIXe siècle, la demande en café est devenue telle que la production d’arabica ne suffit plus d’autant que ce type de caféier, s’il donne une boisson de qualité et d’une grande finesse, est aussi fragile et sensible à diverses maladies. Mais heureusement pour la production de café, on découvre une autre espèce de caféier, le robusta.  

 

 



Caféier robusta en Côte d'Ivoire, planche photographique de 1930 (Gallica-BNF).

 

Cette espèce est moins fragile que l’arabica même si la boisson qui en est issue est plus forte en goût et plus riche en caféine. En outre, le robusta est moins cher et il est particulièrement bien adapté pour fabriquer le café soluble que la firme suisse Nestlé met au point à la fin des années 1930. Le robusta est implanté en Afrique centrale puis en Asie du Sud, qui sont des régions où l’arabica souffre des conditions climatiques. Aujourd’hui la production mondiale est composée à 70 % d’arabica et à 30 % de robusta.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le rémois Fernand Labori, un des défenseurs du capitaine Dreyfus.

    Portrait de Fernand Labori (Bibliothèques de Reims). Fernand Labori naît à Reims le 18 avril 1860. Son père, inspecteur de la Compagnie des Chemins de fer de l'Est, aurait souhaité que son fils, après ses études secondaires au lycée de garçons de Reims , devienne négociant en champagne. Mais ce n’est pas du tout la vocation du jeune Labori qui , lui, entend devenir avocat. Finalement Fernand Labori obtient gain de cause et part à Paris faire son droit. Il devient avocat en 1884. Il accède à la notoriété en 1894 en étant commis d’office pour assurer la défense de l’anarchiste Auguste Vaillant qui, le 9 décembre 1893, avait jeté une bombe à la Chambre des députés, faisant plusieurs blessés. Malgré la plaidoirie de Fernand Labori, Auguste Vaillant est condamné à mort et guillotiné.     L'attentat du 9 décembre 1893 à la Chambre des députés (Musée Carnavalet).   Mais c’est surtout...

La draperie sedanaise

Une activité textile fondée sur la laine cardée existe déjà à Sedan au XVIe siècle mais son importance est bien médiocre. il faut attendre le rattachement de la principauté au royaume de France en 1642 pour que débute véritablement l’industrie textile sedanaise, toujours spécialisée dans la laine cardée. En juin 1646, un arrêt du Conseil d’État accorde à un marchand parisien, Nicolas Cadeau, le privilège de fabriquer " certains draps noirs et de toute autre couleur, façon à la manière de Hollande ". Il s’agit de draps de luxe, en laine fine, très prisés à la cour du roi, dans le clergé et la magistrature, et que la France achetait jusque-là aux Pays-Bas ou en Espagne. Il faut dire qu’à l’époque domine la théorie mercantiliste, dont le plus célèbre représentant en France est le rémois Jean-Baptiste Colbert, qui estime que, la puissance d’un État se mesurant à sa richesse monétaire, il faut éviter le plus possible d’importer des produits étrangers comme l’explique alors ...

Les métamorphoses de la Champagne crayeuse

      La champagne crayeuse (en vert sur la carte) est un vaste plateau peu élevé qui, de Reims à Troyes, forme un arc arc-de-cercle s’étendant sur 175 kilomètres du nord au sud et sur une soixantaine de kilomètres d’ouest en est. A cheval sur les trois départements des Ardennes, de la Marne et de l'Aube, elle se présente comme une plaine largement ondulée et coupée par des vallées, dont l'altitude varie entre 100 et 250 mètres. Comme une grande partie du Bassin Parisien auquel elle appartient elle est constitué de craie mais ici, à la différence de la Brie voisine, elle n’est pas recouverte de loess fertile. En Champagne la craie affleure à la surface avec, au mieux, une épaisseur de terre de 30 à 40 centimètres. Pendant des siècles cette Champagne crayeuse, sans passer pour une région très riche, n’est pas considérée comme un pays misérable. A l’époque gallo-romaine les auteurs latins évoquent les riches moisons de la région des Rèmes et l’abondance de...

Les révoltes paysannes au Moyen-Age

  La condition paysanne au Moyen-Age est bien peu enviable. Les élites, notamment la noblesse, méprise les paysans, les "vilains" comme on les nomme à l’époque. La description d'un de ces "vilains" que nous livre Chrétien de Troyes vers 1180 est symptomatique de ce mépris à l’égard de la classe paysanne : "Un vilain qui ressemblait à un Maure, laid et hideux à démesure, si laide créature qu’on ne saurait le dire en paroles, était assis sur une souche. Je m’approchai de lui et je vis qu’il avait la tête plus grosse que celle d’un cheval de trait, ou de toute autre bête, des cheveux en broussaille, les oreilles velues et les sourcils énormes, des dents de sanglier, aiguës et rousses".        Paysan partant au travail, enluminure allemande du XVe siècle. On le voit portant sur l'épaule ses outils et un sac qui doit contenir ses semences. Il tient à la main gauche un pot de terre, probablement destiné à contenir de l'eau. Son...

Le rémois Pierre Cauchon, le juge de Jeanne d'Arc.

  Moulage du sceau de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais (coll.part).   Pierre Cauchon est surtout connu pour avoir mené le procès de Jeanne d’Arc, lequel a abouti à la mort de cette dernière sur le bûcher le 30 mai 1431, place du Vieux marché à Rouen. Cet épisode tragique a définitivement noirci la mémoire de Pierre Cauchon mais il a aussi largement éclipsé l'homme et sa carrière . Pierre Cauchon naît à Reims vers 1371. Il appartient à l’une des plus riches et des plus puissantes familles de la bourgeoisie rémoise. Après avoir commencé ses études à Reims, il les poursuit à l’Université de Paris. Entré dans les ordres, ce jeune homme, intelligent et ambitieux, cherche comme beaucoup d’autres à trouver un puissant protecteur qui lui assure sa carrière. En 1409, il entre au service du duc de Bourgogne Jean sans Peur.    Portrait de Jean sans Peur (Musée du Louvre). Avec la démence du roi de France, Charles VI, qui a débuté en 1392, deux ...

dimanche 21 septembre 1923, inauguration du Tennis Club de Reims.

  Le jeu de courte paume, estampe de 1612 (Gallica-BNF). Le tennis tire son origine d' un jeu fr ançais né au  Moyen-Age , le jeu de longue paume. Ce jeu est pratiqué en extérieur par plusieurs joueurs, séparés par une corde , qui se renvo i ent une balle en cuir rembourrée de son à l’aide de la paume de la main. A la Renaissance  apparaît le jeu de courte paume q ui, lui, se déroule e n salle et pour lequel sont utilisées des raquettes, la corde étant en outre re mplacée par un filet . C e jeu de courte paume fait fureur dans la France d'An cien Régime puis décline. Par contre en Angleterre, où le jeu de courte paume avait été importé de France, il continue d’avoir du succès. Mais dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Anglais v ont fixer de nouvelles règles et utiliser une balle en caoutchouc qui rebondit bien mieux que l’ancienne balle en cuir . Pour donner un nom au nouveau sport, ils anglicis ent en "tennis" le mot français...

Le canal des Deux Mers.

                               Le canal des Deux Mers est l'ensemble formé par le canal du Midi, construit entre 1667 et 1681, et le canal latéral à la Garonne, édifié de 1839 à 1856. Il s'agit d'une voie navigable reliant l'Atlantique à la Méditerranée, permettant ainsi d'éviter le contournement de la péninsule ibérique. L e canal du Midi, entre Toulouse et Sète, constitue une étape-clé dans la réalisation de  cette voie navigable. De nombreux projets de canal avaient été élaborés mais tous s'étaient  heurtés à  l'obstacle de son alimentation en eau . C’est, finalement, Pierre-Paul Riqu et qui va résoudre ce problème.     Pierre-Paul Riquet, gravure du XVIIe siècle (site internet du canal du Midi).   Pierre-Paul Riquer est né le 29 juin 1609 dans une riche famille bourgeoise de Béziers. Lui-même sera fermier des Gabelles du Languedoc, autrement dit celui qui c...

Deux archevêques de Reims aux XVIIe et XVIIIe siècles, Charles-Maurice Le Tellier (1642-1710) et Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord (1736-1821)

    Charles-Maurice Le Tellier peint par Pierre Mignard, 1691 (Musées de Reims). Charles-Maurice Le Tellier naît en 1642 à Turin, son père, Michel Le Tellier, étant à cette époque intendant des troupes françaises stationnées dans le Piémont italien. Par la suite, Michel Le Tellier sera ministre de la guerre de Louis XIV. De ses deux fils, l’aîné, Louvois, lui succédera au même poste. Le second, Charles-Maurice, est quant à lui destiné à l’Eglise. Ordonné prêtre en 1666, il devient deux ans plus tard coadjuteur de l’archevêque de Reims, l’italien Antonio Barberini qui, résidant à Rome, n’était quasiment jamais venu dans son diocèse. En 1671, à la mort du cardinal Barberini, Le Tellier lui succède officiellement. Fils et frère de ministres, Charles-Maurice Le Tellier vit une partie importante du temps à la cour de Louis XIV dont il a la faveur. L’archevêque est un homme intelligent, habile, mais aussi un mondain, avide de plaisirs et d’honneurs. ...

Grandes découvertes et plantes nouvelles.

Parti à la conq uête des îles à épices de l'Inde, Christophe Colomb aborde le 27 octobre 1492 ce qu'il croit être le rivage des « Indes occidentales », mais qui est en réalité Cuba. C'est là que Colomb voit pour la première fois des hommes et des femmes "allumer des herbes dont ils aspirent la fumée" .      Plant et feuille de tabac, planche botanique, début XIXe siècle (Gallica-BNF).   Très vite, l'Espagne se met à la culture du tabac . Son usage en Europe est vulgarisé par Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal dans les années 1560.  Au cours de ses voyages , Colomb découvre aussi le maïs. Dans son journal, il not e "qu' il y avait là de grandes terres cultivées, ave c une sorte de blé appelé maïs qui est très savoureux cuit au four ou bien séché et réduit en farine". Céréale des Incas depuis des millénaires le maïs est l'une des clefs de l'essor et de la prospérité des civilisations amérindiennes. Le maïs est rapidem...

Un Ardennais à l'origine de la Sorbonne

  "Vénérable et scientifique, Messire Robert de Sorbon", estampe du XVIIe siècle (Gallica-BNF). Robert de Sorbon naît le 19 octobre 1201 à Sorbon, petit village ardennais situé près de Rethel. Il est fils de « vilain », c’est-à-dire de paysan dans le langage de l’époque. Jeune homme doué il s’oriente vers le clergé, qui est quasiment la seule voie de promotion à l’époque pour les enfants tels que lui. Il semble qu’il ait fait ses études primaires dans une école monastique à Rethel puis, ensuite, à Reims. Arrivé à Paris, sans doute en 1215, il suit les cours de l’Université, de création toute récente. En effet, longtemps Paris n’a disposé que d’une école cathédrale où étaient enseignés le latin, la logique et l’Écriture  sainte. Mais cette école n’était en rien plus réputée que celles d’autres villes comme Orléans, Chartres, Laon ou Reims. Cette situation change après 1150. De nouvelles écoles sont fondées ...