Accéder au contenu principal

Histoires de calendriers.


Toutes les civilisations ont voulu enfermer le temps dans un cycle régulier et officiel de jours, de semaines, de mois et d’année mais chacune possède un calendrier qui lui est propre.


Calendrier universel et perpétuel, contenant les calendriers julien, grec, russe et égyptien, français, grégorien et copte, arabe, turc, persan ou l'hégire,... les fêtes mobiles, les épactes... les mois, les dates, les signes du zodiaque et lettres dominicales... / inventé, composé et exécuté par J-A. Ricard, 1806 (Gallica-BNF).

 

 Fragment de calendrier julien 
 

En ce qui nous concerne nous sommes les lointains héritiers du calendrier romain introduit en 46 avant Jésus-Christ par Jules César pour remplacer le calendrier lunaire, dit de Romulus, utilisé jusque-là. Ce nouveau calendrier, dit calendrier julien, est basé sur le mouvement de la terre autour du soleil. L’année de 365 jours et 6 heures est divisée en 12 mois de longueur inégale avec un jour supplémentaire tous les quatre an, l’année bissextile. Ce calendrier julien va dominer en Occident pendant plus de 1 500 ans. Par contre, le point de départ de la datation connaît une modification. Avec les Romains il s'agit de la fondation de Rome. Avec le triomphe du christianisme le point de départ est fixé à la naissance du Christ que calcule, au début du VIe siècle, l’astronome et mathématicien Denys le Petit, en se trompant d’ailleurs de quelques années dans ses calculs. 

 

 

  Grégoire XIII présidant une réunion sur le nouveau calendrier.

Le 24 février 1582 le pape Grégoire XIII rend public un nouveau calendrier resté dans l’histoire sous le nom de calendrier grégorien. Cependant, comme en réalité l’année solaire dure un tout petit peu moins que l’année civile du calendrier julien, le décalage entre les deux, infime annuellement, était devenu important puisque s'étant accumulé sur plus de 1 500 ans. Pour y remédier la bulle on décide d’enlever 10 jours à l’année 1582, en passant directement du 4 au 15 octobre, et pour éviter un nouveau décalage on décide aussi que 3 années bissextiles seraient supprimées tous les 400 ans. 

Quant à la date du début de l’année, qui est un élément important de tout calendrier, elle a souvent varié. Le calendrier de Romulus la faisait débuter le 1er mars, le mois du dieu de la guerre. Le calendrier julien, lui, la fait débuter le 1er janvier, jour de l’investiture des deux consuls. Cette règle du 1er janvier tombe plus ou moins en désuétude avec la fin de l’Empire romain même si l’Église essaie de la sauver en la christianisant comme elle l’a fait pour la naissance du Christ qu’elle a fixée au 25 décembre. En effet, en 532, le pape Libère décide de fixer le premier jour de l'année à la circoncision de Jésus huit jours après sa naissance, soit le 1er janvier. Cependant le pape n'est pas suivi et jusqu’à la Renaissance il règne un joyeux désordre. L’année ne commence pas partout le même jour selon les pays : le 1er mars à Venise comme dans le vieux calendrier romain, le jour de Noël dans les pays germaniques, le 25 mars, jour de l’Annonciation dans les îles britanniques, le jour de Pâques dans le royaume de France ce qui est particulièrement malcommode Pâques étant une fête mobile. En outre, à l’intérieur de chaque pays plusieurs dates peuvent exister. Par exemple, en France, le Dauphiné utilise encore au XVIe siècle le jour de Noël. A Rome, au Moyen-Age, la date du début de l’année change même à chaque pontificat puisque le nouveau pape introduit la date de l’état dont il est originaire. Cela dit, au Moyen-Age ce désordre dans la datation ne gêne pas grand monde car, dans la vie courante, la grande masse de la population se repère dans le temps par rapport aux fêtes religieuses. Par exemple les fermages sont généralement payés trois fois dans l’année : à la Saint-Rémi (15 janvier à l’époque), à la Saint-Jean Baptiste (24 juin), à la Saint-Michel (29 septembre).

Mais, à partir du milieu du XVIe siècle, cela change. Tout d’abord, les pouvoirs politiques chercher à harmoniser le comptage du temps et donc la date du début de l’année. Ensuite, la Réforme protestante joue un rôle d’accélérateur car son refus du culte des saints remet en cause ce qui jusque-là servait de repères dans le calendrier traditionnel. La fixation du début de l’année au 1er janvier va donc se généraliser même si le processus est lent. Le 1er janvier est adoptée en 1550 en Espagne et dans les territoires germaniques, en 1564 en France mais il faut attendre 1725 pour la Russie et même 1752 pour l’Angleterre. Désormais l’Occident commence partout l’année le premier janvier. et cela dure toujours même si, sous la Révolution, la France connaît un avatar de courte durée avec le calendrier républicain.  

 

Calendrier républicain, 1793 (Gallica-BNF).

Sous la Révolution, la France connaît un avatar de courte durée avec le calendrier républicain. Ce dernier, élaboré notamment par Fabre d'Églantine, l’auteur de  "il pleut bergère" est adopté le 24 octobre 1793. Toute référence chrétienne est supprimée. L'année est divisée en douze mois de trente jours, auxquels on donne de nouveaux noms. Chaque mois est divisé en trois décadis de dix jours chacun. Pour arriver à 365 jours on ajoute cinq jours complémentaires. Le début de l’année est fixé au jour de l'équinoxe d'automne qui, selon les années, peut correspondre aux 22, 23 ou 24 septembre. Ce système est supprimé par Napoléon en 1805 qui décide de revenir au calendrier grégorien et à la date du 1er janvier comme début de l’année.

Le calendrier grégorien qui est  le plus précis et le plus commode, va être progressivement adopté même dans des populations non catholiques. Cela dit, si le monde d’aujourd’hui utilise principalement le calendrier grégorien, d’autres calendriers existent toujours. Dans le calendrier chinois, le nouvel an a lieu entre la mi-janvier et la mi-février de notre calendrier à nous. Le Nouvel an juif tombe quant à lui au mois de septembre ou d'octobre. Le Nouvel an bouddhique est célébré chaque année entre le 12 et 15 avril en fonction de la position du soleil dans le ciel astrologique. Enfin, le Nouvel an musulman est fêté en été mais sa date précise change d'une année sur l'autre car le calendrier musulman est un calendrier lunaire et non solaire.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le rémois Fernand Labori, un des défenseurs du capitaine Dreyfus.

    Portrait de Fernand Labori (Bibliothèques de Reims). Fernand Labori naît à Reims le 18 avril 1860. Son père, inspecteur de la Compagnie des Chemins de fer de l'Est, aurait souhaité que son fils, après ses études secondaires au lycée de garçons de Reims , devienne négociant en champagne. Mais ce n’est pas du tout la vocation du jeune Labori qui , lui, entend devenir avocat. Finalement Fernand Labori obtient gain de cause et part à Paris faire son droit. Il devient avocat en 1884. Il accède à la notoriété en 1894 en étant commis d’office pour assurer la défense de l’anarchiste Auguste Vaillant qui, le 9 décembre 1893, avait jeté une bombe à la Chambre des députés, faisant plusieurs blessés. Malgré la plaidoirie de Fernand Labori, Auguste Vaillant est condamné à mort et guillotiné.     L'attentat du 9 décembre 1893 à la Chambre des députés (Musée Carnavalet).   Mais c’est surtout...

Les métamorphoses de la Champagne crayeuse

      La champagne crayeuse (en vert sur la carte) est un vaste plateau peu élevé qui, de Reims à Troyes, forme un arc arc-de-cercle s’étendant sur 175 kilomètres du nord au sud et sur une soixantaine de kilomètres d’ouest en est. A cheval sur les trois départements des Ardennes, de la Marne et de l'Aube, elle se présente comme une plaine largement ondulée et coupée par des vallées, dont l'altitude varie entre 100 et 250 mètres. Comme une grande partie du Bassin Parisien auquel elle appartient elle est constitué de craie mais ici, à la différence de la Brie voisine, elle n’est pas recouverte de loess fertile. En Champagne la craie affleure à la surface avec, au mieux, une épaisseur de terre de 30 à 40 centimètres. Pendant des siècles cette Champagne crayeuse, sans passer pour une région très riche, n’est pas considérée comme un pays misérable. A l’époque gallo-romaine les auteurs latins évoquent les riches moisons de la région des Rèmes et l’abondance de...

La draperie sedanaise

Une activité textile fondée sur la laine cardée existe déjà à Sedan au XVIe siècle mais son importance est bien médiocre. il faut attendre le rattachement de la principauté au royaume de France en 1642 pour que débute véritablement l’industrie textile sedanaise, toujours spécialisée dans la laine cardée. En juin 1646, un arrêt du Conseil d’État accorde à un marchand parisien, Nicolas Cadeau, le privilège de fabriquer " certains draps noirs et de toute autre couleur, façon à la manière de Hollande ". Il s’agit de draps de luxe, en laine fine, très prisés à la cour du roi, dans le clergé et la magistrature, et que la France achetait jusque-là aux Pays-Bas ou en Espagne. Il faut dire qu’à l’époque domine la théorie mercantiliste, dont le plus célèbre représentant en France est le rémois Jean-Baptiste Colbert, qui estime que, la puissance d’un État se mesurant à sa richesse monétaire, il faut éviter le plus possible d’importer des produits étrangers comme l’explique alors ...

Les révoltes paysannes au Moyen-Age

  La condition paysanne au Moyen-Age est bien peu enviable. Les élites, notamment la noblesse, méprise les paysans, les "vilains" comme on les nomme à l’époque. La description d'un de ces "vilains" que nous livre Chrétien de Troyes vers 1180 est symptomatique de ce mépris à l’égard de la classe paysanne : "Un vilain qui ressemblait à un Maure, laid et hideux à démesure, si laide créature qu’on ne saurait le dire en paroles, était assis sur une souche. Je m’approchai de lui et je vis qu’il avait la tête plus grosse que celle d’un cheval de trait, ou de toute autre bête, des cheveux en broussaille, les oreilles velues et les sourcils énormes, des dents de sanglier, aiguës et rousses".        Paysan partant au travail, enluminure allemande du XVe siècle. On le voit portant sur l'épaule ses outils et un sac qui doit contenir ses semences. Il tient à la main gauche un pot de terre, probablement destiné à contenir de l'eau. Son...

Le rémois Pierre Cauchon, le juge de Jeanne d'Arc.

  Moulage du sceau de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais (coll.part).   Pierre Cauchon est surtout connu pour avoir mené le procès de Jeanne d’Arc, lequel a abouti à la mort de cette dernière sur le bûcher le 30 mai 1431, place du Vieux marché à Rouen. Cet épisode tragique a définitivement noirci la mémoire de Pierre Cauchon mais il a aussi largement éclipsé l'homme et sa carrière . Pierre Cauchon naît à Reims vers 1371. Il appartient à l’une des plus riches et des plus puissantes familles de la bourgeoisie rémoise. Après avoir commencé ses études à Reims, il les poursuit à l’Université de Paris. Entré dans les ordres, ce jeune homme, intelligent et ambitieux, cherche comme beaucoup d’autres à trouver un puissant protecteur qui lui assure sa carrière. En 1409, il entre au service du duc de Bourgogne Jean sans Peur.    Portrait de Jean sans Peur (Musée du Louvre). Avec la démence du roi de France, Charles VI, qui a débuté en 1392, deux ...

La légende du royaume du Prêtre Jean.

  Représentation du Prêtre Jean, souverain d'un royaume chrétien situé vers l'Éthiopie, Détail d’un portulan anonyme du XVIe siècle (Oxford Library). La première mention du Prêtre Jean apparaît vers 1150, à un moment où les chrétientés orientales cèdent devant l'avance musulmane. Une ambassade arménienne venue en Occident chercher d u secours affirme q u’il existerait en Extrême-Orient un certain Prêtre Jean, à la fois roi et prêtre chrétien. Elle précise aussi qu’il s’agirait d’un descendant des Rois Mages de l'Évangile et qu’il serait immensément rich e. Au XIXe siècle les historiens ont mis en évidence que l’évènement réel qui a probablement inspiré ce récit est une victoire remportée en 1141 sur les musulmans par un général chinois. Mais la vérité historique n’est pas ce qui intéresse le public médiéval comme le montre deux décennies plus tard le succès considérable d’une lettre attribuée à ce Prêtre Jean, lequel se présente comme investi par le Chri...

dimanche 21 septembre 1923, inauguration du Tennis Club de Reims.

  Le jeu de courte paume, estampe de 1612 (Gallica-BNF). Le tennis tire son origine d' un jeu fr ançais né au  Moyen-Age , le jeu de longue paume. Ce jeu est pratiqué en extérieur par plusieurs joueurs, séparés par une corde , qui se renvo i ent une balle en cuir rembourrée de son à l’aide de la paume de la main. A la Renaissance  apparaît le jeu de courte paume q ui, lui, se déroule e n salle et pour lequel sont utilisées des raquettes, la corde étant en outre re mplacée par un filet . C e jeu de courte paume fait fureur dans la France d'An cien Régime puis décline. Par contre en Angleterre, où le jeu de courte paume avait été importé de France, il continue d’avoir du succès. Mais dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Anglais v ont fixer de nouvelles règles et utiliser une balle en caoutchouc qui rebondit bien mieux que l’ancienne balle en cuir . Pour donner un nom au nouveau sport, ils anglicis ent en "tennis" le mot français...

Deux archevêques de Reims aux XVIIe et XVIIIe siècles, Charles-Maurice Le Tellier (1642-1710) et Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord (1736-1821)

    Charles-Maurice Le Tellier peint par Pierre Mignard, 1691 (Musées de Reims). Charles-Maurice Le Tellier naît en 1642 à Turin, son père, Michel Le Tellier, étant à cette époque intendant des troupes françaises stationnées dans le Piémont italien. Par la suite, Michel Le Tellier sera ministre de la guerre de Louis XIV. De ses deux fils, l’aîné, Louvois, lui succédera au même poste. Le second, Charles-Maurice, est quant à lui destiné à l’Eglise. Ordonné prêtre en 1666, il devient deux ans plus tard coadjuteur de l’archevêque de Reims, l’italien Antonio Barberini qui, résidant à Rome, n’était quasiment jamais venu dans son diocèse. En 1671, à la mort du cardinal Barberini, Le Tellier lui succède officiellement. Fils et frère de ministres, Charles-Maurice Le Tellier vit une partie importante du temps à la cour de Louis XIV dont il a la faveur. L’archevêque est un homme intelligent, habile, mais aussi un mondain, avide de plaisirs et d’honneurs. ...

Les pèlerinages dans le diocèse de Reims à la fin de l'Ancien régime

    Le diocèse de Reims depuis le 14e siècle, avec les plans de Reims, Rethel, Sedan, Mézières et Charleville au 18e siècle. Tous les établissements religieux existant à la veille de la Révolution sont mentionnés. Carte établie et publiée en 1957 par Lucie Fossier et Odile Grandmottet (numérisée en 2021 par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris et visible pour l'agrandir sur Gallica-BNF). Portrait de Charles-Antoine de la Roche-Aymon (1697-1777), école du peintre suédois Alexandre Roslin (Musée de San-Francisco).   En 1774, le cardinal de la Roche-Aymon, archevêque de Reims, envoie à chaque curé de son diocèse un long questionnaire imprimé portant sur la situation de sa paroisse. Cette initiative est d'ailleurs exceptionnelle au XVIIIe siècle puisque, outre Reims, deux diocèses seulement ont fait de même, Rodez en 1771 et Bordeaux en 1772. En outre, c'est l'enquête de Reims qui est la plus détaillée et la plus riche en questions. Or, parm...

Le canal des Deux Mers.

                               Le canal des Deux Mers est l'ensemble formé par le canal du Midi, construit entre 1667 et 1681, et le canal latéral à la Garonne, édifié de 1839 à 1856. Il s'agit d'une voie navigable reliant l'Atlantique à la Méditerranée, permettant ainsi d'éviter le contournement de la péninsule ibérique. L e canal du Midi, entre Toulouse et Sète, constitue une étape-clé dans la réalisation de  cette voie navigable. De nombreux projets de canal avaient été élaborés mais tous s'étaient  heurtés à  l'obstacle de son alimentation en eau . C’est, finalement, Pierre-Paul Riqu et qui va résoudre ce problème.     Pierre-Paul Riquet, gravure du XVIIe siècle (site internet du canal du Midi).   Pierre-Paul Riquer est né le 29 juin 1609 dans une riche famille bourgeoise de Béziers. Lui-même sera fermier des Gabelles du Languedoc, autrement dit celui qui c...