Après la mort de l’évêque Remi vers 533, la chapelle dans laquelle il est inhumé accueille de nombreux pèlerins venus se recueillir sur le tombeau du saint. Des moines, installés à proximité, les accueillent. Vers 770 l’archevêque Tilpin introduit parmi eux la règle bénédictine et encourage la construction d’une abbaye. Vers 940, les moines qui, jusque là, étaient sous la tutelle de l’archevêque de Reims obtiennent le droit d’élire leur propre abbé et de jouir de l’immunité. L’abbaye possède désormais une relative indépendance qui va favoriser son essor économique et celui du bourg qui l’environne.
Au milieu du 12e siècle, l’abbé Odon engage une transformation profonde de l’abbaye. Magnifiquement décoré, le cloître est reconstruit et la salle capitulaire dotée de nouveaux chapiteaux. L’abbaye peut désormais accueillir jusqu’à 200 religieux. Ces bâtiments médiévaux, de style mi-roman mi-gothique, vont être ceux de l’abbaye jusqu’au XVIIe siècle même si des réfections seront nécessaires, en particulier après les incendies de 1420 et de 1551.
"Le polyptyque de Saint-Remi ou dénombrement des manses, des serfs et des revenus de cette Abbaye, vers le milieu du neuvième siècle de notre ère" a disparu dans l'incendie de 1774 mais une copie manuscrite a pu être retrouvée. (Gallica-BNF).
L’abbaye de Saint-Remi est, au Moyen-âge, l’une des plus riches du royaume de France. A Reims même, elle possède de vastes terrains, notamment le jardin de Saint-Remi, que les abbés vont lotir aux XIIe et XIIIe siècles, ce qui accroît encore la population et l’activité du Bourg Saint-Remi. Mais les possessions du monastère sont aussi nombreuses dans toute la région, en particulier dans les Ardennes. Il s’agit surtout de terres et de vignes.
Prés-marais de la Vesle en la seigneurie de Messieurs les religieux de St Remi de Reims, 1769 (Archives départementales de la Marne).
La vie monastique connaît une crise profonde aux XIVe siècle et XVe siècles. A partir de 1482 la direction de l’abbaye passe à des abbés commendataires qui en touchent les revenus mais résident rarement sur place. Cependant au début du XVIIe siècle l'abbaye se réforme en adhérant à la congrégation de Saint Maur.
Abbaye Saint-Remi, estampe du XVIIIe siècle (Gallica-BNF).
D’importants travaux sont menés par les moines mauristes à partir de 1670 et le monastère en sort profondément transformé. Malheureusement le 15 janvier 1774 un violent incendie détruit une partie de l’abbaye, dont la bibliothèque installée sous les combles et qui comptait 20 000 volumes. Les moines se font alors un devoir de reconstruire les bâtiments détruits, tâche qui est tout juste achevée en 1789. Cependant, à cette date, l’abbaye ne compte plus que 29 moines. Sous la Révolution les religieux sont expulsés et l'abbaye sert de caserne puis de magasin militaire.
En 1827 l'ancienne abbaye devient un hôpital en accueillant les malades du vieil Hôtel-Dieu de Reims situé place du Parvis et que l’on démolit pour édifier à sa place l’actuel Palais de justice. Avec la laïcisation, l’hôpital perd son appellation d’Hôtel-Dieu pour devenir Hôpital Civil.
(Bibliothèque numérique de la Contemporaine).
Le 13 août 1916, en fin d’après-midi, une demi-douzaine d’avions allemands survole la ville. Vers 8 heures du soir plusieurs bombes incendiaires, tombées d’un avion allemand, mettent le feu à l’Hôpital Civil. L’incendie prend tout de suite de grandes proportions. Vers 8h10 arrivent les premiers pompiers du détachement de Paris, suivis de ceux de Reims. Les troupes cantonnées dans les alentours viennent aussi en aide car il s’agit non seulement d’éteindre l’incendie mais de sauver les 82 malades. Ceux qui peuvent marcher descendent au rez-de-chaussée, les autres sont emmenés dans leurs matelas par les soldats. A l’aide d’automobiles prêtées par la maison de champagne Pommery, ils sont évacués vers l’Hôpital Noël-Caqué. Entre-temps le feu se propage et dure jusqu’à 23 h30. Les destructions sont importantes et concernent les combles et greniers, une partie des salles, la chapelle; le grand escalier monumental est brisé et calciné. On craint un moment que le feu ne se transmette à la basilique Saint-Remi qui touche l’hôpital par sa partie nord. Des flammes lèchent déjà la voûte de la basilique et sont alimentées par des planches que l’on avait placées là pour remplacer des vitraux détruits par un obus en septembre 1914. Heureusement le commissaire de police du troisième canton et un pharmacien de l’hôpital parviennent à enlever ces planches qui brûlent et qui menacent de mettre le feu à une grosse poutre de la charpente de la basilique. Les dégâts à l’Hôpital Civil sont considérables comme le montre ce texte écrit au lendemain de l’incendie : "dans la grande cour, au pied de l’escalier de pierre à double évolution, la pompe à vapeur, avec son teuf-teuf régulier, lance des torrents d’eau sur les décombres fumantes de ce qui a été l’abbaye de Saint-Remi. Au milieu de la cour, infirmiers et infirmières entassent produits pharmaceutiques, appareils, brancards, linges, dans des voitures".
Le Musée Saint-Remi aujourd'hui (coll.part).
La fonction hospitalière va perdurer jusque dans les années 1960 avant qu'à la fin des années 1970 la décision ne soit prise d’y installer un musée. En 1991 l’ancienne abbaye bénédictine est entrée au classement mondial de l’UNESCO.
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